Inflation, déflation et considérations économiques

Michael Ferrari Finances personnelles, Investir en bourse et dividendes 10 Commentaires

Controlling IT Costs; Enterprise Architecture (EA) strategy, a shared lexicon, and enforced change

Cet article demande 15 à 20 minutes de lecture mais il pourrait changer votre vie !

Pour devenir et rester riche, il est essentiel de comprendre l’environnement économique. Plus précisément, il s’agit d’être en mesure de déceler les tendances et d’avoir connaissance des principales notions d’économies qui gouverne le monde dans lequel on vit.

Pour beaucoup, nous sommes à la croisée des chemins car l’endettement des états est sans équivalent et les liaisons entre toutes les économies n’ont jamais été aussi forte. Ceci voudrait dire que les éléments en jeu et les tensions entre pays sont si fortes que le moindre déséquilibre majeur viendrait faire plonger tout ce beau monde à l’image d’un château de cartes que l’on aurait soufflé.

Essayer d’y voir clair n’est pas évident. D’un côté vous avez les économistes de tout bord et de l’autre l’ensemble des idéologies qu’elles soient monétaires, politiques ou financières. S’il y a une conviction que j’ai acquise avec le temps, c’est que les économistes ne sont pas en mesure de prévoir quoi que ce soit (Voir l’incontournable Cygne Noir) mais feront tout pour vous faire croire qu’ils ont raison en utilisant des arguments parfois faux ou inadaptés sans parler de ceux qui sont à la botte d’intérêts privés (dont les succulents lobbyistes fiers d’avoir fait capoter les accords de Kyoto) . Ce que je vous recommande de faire, c’est de vous faire votre propre avis. Ainsi, vous êtes en mesure, après avoir intégré les principales notions, de discuter d’économie et de raisonner sur ce qu’il peut arriver. Et vous devriez le faire pour votre survie économique.

Alors pourquoi un détour par ce type de sujet ?

Simple. Imaginons que vous ayez 1 million d’euros sur lesquels vous prévoyez de vivre durant les 20 ans prochaines années. Vous faites comment pour déterminer comment les placer ? Comment prenez-vous en compte l’inflation ? Sans aller jusque là, étendre votre connaissance sur ces sujets fait partie d’un socle d’éducation financière que la plupart des gens n’ont pas, ce qui les mènent à prendre des décisions financières désastreuses comme par exemple d’acheter un bien immobilier en haut de cycle. Bien entendu, cela ne les empêchent pas de vivre mais bon, jeter 50 ou 100 000 € parce qu’on est pas financièrement intelligent ne sera pas compensé par toutes les augmentations salariale du monde.

A mort la stupidité économique !

Je vous propose donc de passer en revue les différents éléments que sont la monnaie, l’inflation et la déflation. N’étant pas économiste, je m’efforcerai de présenter une vision juste mais je resterai simple (et donc approximatif pour les puristes qui sont invités à apporter leurs précisions!). La littérature sur ces sujets est très vaste si vous souhaitez l’approfondir je donnerais des liens en fin d’article.

1 – La monnaie

La monnaie possède plusieurs raisons d’être, ses 3 fonctions sont :

  1. elle sert à exprimer la valeur des choses, on parle d’unité de compte,
  2. elle sert à échanger de la valeur sans échanger des biens, fonction transfert de valeur,
  3. elle sert à stocker de la valeur (vendre sans acheter ou vice-versa et épargner), fonction de réserve de valeur.

Certains parlent de la monnaie comme d’un instrument « froid », d’autres la voient comme un élément social (j’achète une heure de coiffeur en travaillant 15 minutes). Quoi qu’il en soit, la monnaie n’a qu’une seule nature.

Les formes de monnaie sont :

  1. les pièces (monnaie divisionnaire),
  2. les billets (monnaie fiduciaire),
  3. les opérations bancaires (monnaie scripturale).

Cette dernière est celle que l’on utilise le plus couramment au niveau mondial. C’est de là que se produit essentiellement le phénomène de création monétaire. Comme je le disais ici (Lire la création de monnaie par la dette.) l’argent n’est quasiment plus imprimé physiquement par les états ou les banques centrales mais il est généré par des opérations scripturales, autrement dit des échanges financiers. Plus que ça, la masse monétaire augmente avec le nombre de crédit en circulation, on parle ainsi d’argent dette. Si l’on rembourse la dette, on détruit de la monnaie associée.

Pour vous en convaincre, un exemple simple permet de mettre en évidence ce phénomène :

Je souhaite acheter une voiture à 10 000 €. Ma banque me prête de l’argent pour financer l’achat. Elle s’attend donc à ce que je lui rembourse ces 10 000 €.

Je remet ce chèque au vendeur qui va le déposer auprès de sa banque. Sa banque vient donc d’encaisser 10 000 € alors que moi, je dois toujours rembourser 10 000 € à ma banque.

A partir de cette transaction, le « système » vient de se voir doter de 10 000 € supplémentaire sans que ni l’état, ni la banque centrale n’intervienne.

Ainsi s’il y a longtemps, on créait des pièces pour injecter de la monnaie dans le circuit, depuis que les banques jouent le rôle principale dans la création monétaire, il suffit d’une ligne informatique pour créer de « l’argent ». Tout ceci n’est bien sûr possible que parce que la monnaie n’est plus épaulée par quelque chose de concret comme l’or, sa valeur n’est plus indexée sur le cours de l’or ou sur la quantité d’or que possède un état.

Ceci est d’ailleurs dénoncé par certains comme étant l’un des plus gros coup des banquiers sur les monnaies des états, la malheureuse initiative revient à notre cher Nixon, ce que l’on appelait alors l’étalon or, banquiers qui rétorquent que ce choix a permis le développement de nos économies.

De plus, le fonctionnement actuel de l’émission d’argent par les banques fait que chaque montant encaissé est utilisé pour prêter à nouveau de l’argent à un autre client, c’est le système de réserve fractionnaire qui permet à une banque de prêter de l’argent en ne possédant qu’une partie de la somme qu’elle prête. La banque n’a donc seulement besoin d’avoir une fraction de l’argent qu’elle prête à un client pour être autorisée faire le prêt  à son client. Le montant de cette réserve fractionnaire a progressivement été réduit par les états et actuellement une banque possédant 1 000 € peut prêter jusqu’a 10 fois ce montant soit 10 000 €.

Le petit soucis, c’est qu’en cas de panique lorsque de nombreux clients souhaitent retirer leur argent, la banque n’est pas en mesure de rendre l’argent à l’ensemble de ses clients pour la simple raison qu’elle ne possède pas les sommes que l’ensemble ajouté des clients possède sur ses comptes respectifs. C’est ce que l’on appelle le Bank Run. Si cela arrive, la banque fini souvent en faillite ou se voit contrainte de fermer ses établissements pour bloquer les retraits de ses clients. Bien entendu un fond de précaution existe en France mais son encours est si faible que je ne m’attarde pas sur le sujet.

De nombreuses personnalités dénoncent depuis longtemps ce système : Irving Fisher en 1935 ou encore le prix Nobel d’économie 1988 Maurice Allais.

Pour mesurer la masse de monnaie qui circule des indicateurs existent, ils s’appellent des agrégats monétaires. Ils permettent aussi de différencier les actifs monétaires liquides des actifs monétaires non-liquides.

  • M 1 = monnaie divisionnaire + monnaie fiduciaire + monnaie scripturale. Avoirs liquides des agents économiques non financiers.
  • M 2 = – M 2 = M1 + dépôts sur les comptes de type livret A, comptes à terme, PEL…
  • M 3 = M2 + pensions + titres de créance d’une durée = ou > à 2 ans + titres d’OPCVM monétaires et autres instruments (SICAV, obligations…).

L’agrégat M3 est souvent utilisé pour piloter l’économie. Son évolution permet de voir si le crédit est en augmentation ou si au contraire il tend à se réduire (endettement ou désendettement). Avant la crise que l’on connait, il était en augmentation constante, depuis il a tendance à stagner voire à diminuer signe que les acteurs économiques se désendettent et donc « détruisent » de la monnaie en remboursant leurs dettes.

2 – L’inflation

L’inflation est défini comme étant l’augmentation visible et durable du niveau des prix. C’est un phénomène simple mais pas évident à appréhender car c’est le rapport entre vos revenus et le niveau des prix. Par exemple si la baguette passe de 1.10 €, ce n’est pas forcément signe d’une inflation si votre salaire augmente de manière similaire. On pourrait parler de niveau de pouvoir d’achat.

Pour mesurer cette augmentation, l’INSEE utilise le fameux panier type censé représenter ce que consomme une famille type et ainsi déterminer le niveau d’inflation. Historiquement, la mesure de l’inflation est discutée sur 2 points : sa pertinence et son honnêteté. Elle devient ainsi l’objet de soupçons lorsque elle ne reflète pas vraiment ce que consomme les ménages et donc lorsque elle ne permet pas de mesurer l’augmentation du niveau des prix et elle reste un outil de manipulation de l’opinion pour l’état.

Une faible inflation, de 2 à 4% est considérée comme normale et même stimulante pour l’économie. Au delà, l’inflation devient menaçante et galopante (lorsqu’elle est à 2 chiffres).

inflation zimbabwe

L’hyperinflation elle, est une forte augmentation du niveau des prix (Zimbabwe années 2000, Pays de l’est en 1992, Allemagne en 1923 où les prix doublaient toutes les 48 heures) qui produit des effets désastreux dans le quotidien des gens. En Yougoslavie et durant le seul mois de janvier 1994, l’inflation fut de 313 000 000 %. Personne ne veut vivre ce type de situation.

On dit donc que l’inflation est une histoire qui commence bien et qui se finie mal.

La théorie dominante est que l’inflation est provoquée par l’augmentation de la masse monétaire : plus il y a d’argent en circulation, plus sa valeur diminue. Ainsi si 1 € vaut 1 € lorsque la masse monétaire est de 100, 1 € vaut moins d’1€ si la masse monétaire est de 110. Les états ou les banques centrales s’efforcent de contrôler la masse monétaire en circulation et n’étant plus vraiment à l’origine de la création monétaire, ils utilisent le taux directeur (le taux d’intérêt de l’argent) pour en contrôler la production. La Banque Centrale européenne s’est fixé pour objectif de contrôler et de limiter l’inflation, ce qu’elle effectue en ajustant son taux directeur : s’il augmente la masse monétaire tend à diminuer (l’argent est plus cher), s’il diminue, la masse monétaire tend à augmenter (l’argent est moins cher).

En cas d’inflation, les gens dont les revenus ne sont pas indexés sur l’inflation (soit l’immense majorité des gens désormais) souffrent et voient leur pouvoir d’achat diminuer. Les épargnants voient également leurs économies fondrent car la valeur de l’argent diminue à un rythme élevé.

L’inflation favorise les ménages (et les états) endettés à taux fixes (voir Rembourser un crédit. Quelle stratégie choisir ? ) car elle permet de rembourser une dette contractée lorsque l’argent valait plus cher.

On dit aussi que l’inflation est un phénomène auto-entretenu : si les prix augmentent, les gens réclament des augmentations et donc participent à valider l’augmentation des prix et si les acteurs économiques pensent que les prix vont augmenter, ils achètent tout de suite ce qu’ils auraient normalement acheté plus tard.

On parle de désinflation lorsque le niveau des prix augmente moins fortement que précédemment ce qui signifie donc absolument pas qu’ils baissent : ils augmentent moins vite.

La dynamique est donc complexe !

3 – La déflation

La déflation est l’inverse de l’inflation soit une baisse du niveau général des prix. Généralement pour qu’une déflation arrive, il faut qu’une dépression économique soit présente faute de quoi le niveau des prix n’a aucune raison de baisser de manière globale. La baisse des prix provoque des faillites car les entreprises voient leur chiffre d’affaires diminuer tout en gardant des coûts fixes… fixes.

L’exemple récent le plus marquant de déflation reste le Japon qui a subi une déflation pendant de nombreuses années bien qu’il ait pu la contrôler via ses exportations et son endettement.

Les effets que produiraient la déflation sont simples : baisse du prix des actifs et des biens de consommation avec pour conséquences des faillites d’entreprises. Bien entendu les effets ne sont pas les même selon que ce phénomène se passe à l’échelle d’un pays, d’un continent ou d’un ensemble de continents…

Globalement la déflation ne favorise pas l’endettement ni l’investissement. Elle favorise ceux qui vivent d’épargne placée (avec la même somme, ils peuvent acheter « plus ») ou les jeunes qui ne veulent pas s’endetter sur 30 ans pour acheter de l’immobilier.

4 – Et moi dans tout ça ?

Notre problème principal et la raison pour laquelle je vous parle de tout ceci est simple : comment l’état Français (et les autres) va-t-il rembourser sa dette ?

C’est une question capitale à laquelle personne n’a vraiment de réponse pour l’instant.

Traditionnellement, l’inflation est un moyen de rembourser la dette rapidement au détriment des créanciers. Ce postulat de départ se base sur l’idée que l’état contrôle l’inflation et qu’il est encore possible de créer de l’inflation dans notre situation. Ces 2 raisons sont discutables. L’état est au sein de l’union européenne et ne décide pas seul de sa politique monétaire et les états européens ont des intérêts différents. Pour que l’inflation existe, il faut que les salaires progressent pour que les gens puissent continuer à s’offrir les biens et les services dont les prix augmentent sauf que la mondialisation est là : les salaires n’augmentent que de manière très limitée. Les financiers détiennent la dette des états et ne seront donc pas forcément enclin à se faire rembourser en monnaie de singe.

Irving Fischer avait formulé l’hypothèse en 1933 que l’endettement et le surendettement conduisaient à la déflation car lorsque l’économie souffre, les banques cessent de prêter et la baisse de la consommation amène la baisse des prix.

La guerre fut aussi un « moyen » de faire disparaitre la dette mais j’espère que la popularité de cette méthode n’est plus ce qu’elle était.

Ensuite, la déflation apparait séduisante. Il est certain que certaines classes d’actifs vont baisser indépendamment du niveau global des prix comme l’immobilier.

Elle permet aux personnes ne pas trop souffrir au quotidien hormis pour ceux qui perdent leur emploi. C’est la « moins pire » des solutions pour les gens mais son inconvénient, si l’on en croit l’exemple du Japon, c’est qu’elle ne permet pas directement de rembourser la dette mais elle permet à ceux qui ont de l’argent de racheter les actifs…

Une autre solution serait que l’état renégocie sa dette, c’est à dire qu’il en efface une partie et en contrepartie, apporte des garanties pour d’autres dettes durant cette période trouble.

L’annulation partielle de la dette apparait à de nombreuses personnes, incontournable : la dette dans son entièreté n’est pas remboursable.

Pour vous et moi, l’inflation forte signifierait qu’il faille acheter un actif qui suit l’inflation pour protéger ses économies (terres, objets précieux…). L’immobilier pourrait alors dans ce scénario devenir une valeur refuge. En cas d’hyperinflation, il perdrait tout son intérêt car durant ces périodes l’alimentation tend à s’accaparer l’ensemble des revenus et ne laisse donc pas de place pour payer les loyers ce qui entraine inévitablement la baisse des actifs.

Si le scénario de déflation arrive, restons cash. Ne gardons pas les actifs qui se déprécient et soyons prêt à investir. La déflation ne crée pas de sacro-sainte croissance mais on ne peut pas tout avoir !

Ressources

Wikipédia : la création monétaire

Théorie de la monnaie

Les agrégats monétaires, sources BCE

Loïc Abadie, le blog pro-déflation

La crise : où le plan B ? : discussion sur la relance

Crise du siècle : beaucoup d’indicateurs clés, bon site

L’inflation, une mauvaise solution au surendettement général, 25 septembre 2009 | François de Lacoste Lareymondie

Image par Wonderlane

Commentaires 10

  1. Vos articles économiques sont vraiment très bons et instructif, merci ! (Je les préfères à ceux sur le développement personnel, un peu trop inspiré de certains blogs anglo-saxons)

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  4. Bonjour,

    Je suis étudiant en école de commerce. Depuis quelques années, j’ai pu assister a de nombreux cours sur l’économie.

    Cependant, j’arrive enfin, grâce à toi , à avoir une vision un peu plus concrète des conséquences de l’inflation , deflation etc , que ce soit au niveau de l’économie global , ou au niveau individuel.

    Merci

  5. « (dont les succulents lobbyistes fiers d’avoir fait capoter les accords de Kyoto) »

    C’est dommage, le lien est maintenant cassé, puisque c’est Arte+7 (valable 7 jours).

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