Outliers : L’histoire du succès

Michael Ferrari Esprit riche, Résumé de livre 10 Commentaires

Outliers, littéralement « hors-norme », est un livre qui détruit certaines de nos croyances populaires au sujet du succès. Les gens qui réussissent sont souvent admirés pour leur talent et leur persévérance mais pourtant ces 2 éléments suffisent-ils à expliquer la réussite ?

De temps à autre, certains soulignent la chance qu’ils ont eu de se trouver au bon endroit, au bon moment mais pour autant est-ce tout ce qui contribue au succès ?

Et si quelques phénomènes simples mais non-observés étaient des ingrédients décisifs dans la réussite de ceux que l’on nous montre comme modèle ? C’est la thèse de ce livre qui explique, au travers de plusieurs exemples, pourquoi le succès n’est pas une recette dont nous avons forcément les ingrédients.

Etre un bon joueur de hockey est lié à un facteur inattendu…

Le livre commence par une démonstration simple dans le domaine du hockey sur glace et de la manière dont sont sélectionnés les joueurs. Un jour, parfaitement par hasard, quelqu’un remarque que les joueurs juniors de niveau A, les meilleurs des meilleurs, ont tous un point commun : ils sont nés durant les 3 premiers mois de l’année. L’explication est simple : la sélection des joueurs se termine au premier janvier et par conséquent, les enfants qui sont nés en début d’année sont largement avantagés par rapport à ceux qui sont nés à la fin de l’année.

Même si le talent de ces joueurs n’est pas en cause, le seul fait qu’ils soient nés au bon moment par rapport à la période de sélection leur donne un avantage considérable car à 10 ou 12 ans, avoir presque 12 mois d’avance sur les autres élèves est déterminant au niveau physique et en terme d’expérience acquise.

Le phénomène a même été confirmé en Belgique où la date limite de sélection est passée de août à janvier et où au bout de quelques années ont pouvait faire le même constat.

Ces mêmes joueurs que l’on viendra nous présenter comme étant des génies dans leur domaine auront en fait bénéficié d’un concours de circonstance…

Le truc, c’est que ça n’enlève rien à leur talent mais par contre cela écarte tous les autres qui, à entrainement équivalent, auraient atteint un niveau similaire !

Les musiciens ne deviennent pas bon par hasard

L’autre exemple pour illustrer que les gens hors-norme ne le sont pas forcément par hasard, c’est celui de l’académie de musique de Berlin. En 1990, une expérience menée par un psychologue et des professeurs de musique commence par la création de 3 groupes d’élèves. Dans le premier, les meilleurs élèves furent regroupés. Dans le second, ceux qui étaient considérés comme étant bons et dans le troisième groupe ceux qui n’avaient pas l’intention d’en faire leur profession et qui semblaient être attirés par le fait de devenir professeur.

Tous ces joueurs ont commencé à jouer à l’âge de 5 ans. A cet âge, ils jouent pendant 2 ou 3 heures chaque semaine mais vers l’âge de 8 ans, des différences notables commencent à apparaitre. Ceux qui étaient dans le groupe 1 jouent plus que les autres et vers l’âge de 20 ans ils pratiquent leur instrument pendant 30 heures chaque semaine soit environ 10 000 heures de pratique contre 8 000 heures pour le groupe 2 et 4 000 heures pour le groupe 3.

Des ratios similaires ont été observés parmi un groupe de violonistes : 10 000 heures est un seuil qui semble garantir un niveau exceptionnel. Cela rejoint le dicton « Il n’y a pas d’échec mais simplement un abandon ».

Les Beatles ont atteint un niveau qui leur a permis de conquérir le monde en ayant une pratique intensive dans les bars de Hamburg en jouant des nuits entières de 7 à 9 heures et cumulant plus de 10 000 heures avant de devenir célèbres.

Pire, ce ne sont pas les seuls artistes ou sportifs qui répondent à ce qui semble être une règle : le business aussi.

Les exemples qui suivent vous parleront : Bill Gates, Steve Jobs, Bill Joy (Sun) et d’autres ont tous eu l’opportunité de pratiquer intensivement leur talent avant d’en faire une véritable force.

Bill Gates a eu accès à l’un des rares ordinateurs grâce à une série de conditions improbables sans quoi il n’aurait jamais pu développer son expertise. Tous ont du talent mais ce sont surtout les conditions externes qui ont permis l’accomplissement du projet.

Plus loin, le livre compare les génies entre eux. Il montre que dans ce domaine, avoir un QI exceptionnel ne suffit pas pour réussir sa vie. Dans une étude qui a suivi des génies pendant plusieurs années, la conclusion est frappante : ceux qui ont réussi ont bénéficié d’un autre avantage que le QI. Sur l’ensemble des personnes suivies, seul un nombre restreint a exploité son talent. La plupart vit « comme monsieur tout le monde » et l’autre partie n’a rien fait de particulier. Le facteur critique dans ce cas, c’est le niveau social.

Les personnes surdouées qui viennent d’un milieu aisé ont eu les conditions qui ont permis la réalisation de leur talent et parmi ces conditions, le facteur important c’est le fait d’avoir une certaine assurance. Les personnes issues des milieux modestes ont tendance à ne pas remettre en cause l’autorité et à se méfier de tout le monde alors que les personnes issues des milieux aisées savent demander et obtenir ce qu’elles veulent des autres.

Nous aimons les belles histoires…

Quoi de plus courant qu’une success story qui raconte « Fils d’une famille déchirée par l’alcool, ce n’est qu’après avoir trainé dans la rue qu’un producteur remarque son talent. Dès son premier rôle, il explose l’écran et sa carrière s’envole… »

Déjà vu non ?

Ou encore : « Descendant d’une famille modeste d’immigrés, cette femme parti de rien a monté un empire en quelques années… »

Le truc, c’est que nous sommes friands d’histoires où, malgré les chances réduites, le personnage remporte la victoire. Vous vous souvenez de Star Wars ? Rien de plus universel que cette histoire pourtant là aussi il y avait un petit détail qui donnait un avantage considérable au jeune Luke : l’hérédité. (ce n’est pas dans le livre mais je trouve que ça aurait se place!)

Les journalistes ne creusent pas souvent ce qui se cache derrière les success story et je vous recommande d‘être méfiant à la lecture de ces réussites faciles : oui il est possible de réussir, non ce n’est certainement pas comme le raconte un pauvre article que cela s’est fait.

Prenez les articles de magazine comme Capital et c’est à vous déprimer car tout semble facile pour ceux qui figurent sur du papier glacé.

J’aime bien les biographies pour ça. Elles retranscrivent souvent des détails clés du parcours de ces personnes. Celle d’Arnold Schwarzenegger m’avait vraiment éclairé sur des points importants de sa vie que ne peut présenter un article.

Qu’est-ce qu’il y a avec les avocats juifs à New York ?

Le livre continue ensuite et examine l’immigration juive à New York dans les années 1900. Il montre brillamment  comment les premières générations mettent en oeuvre ce qu’elles savent déjà faire, principalement dans le textile, et développe des business transformant New York en première ville productrice de vêtements.

Ensuite, la génération suivante évolue et bénéficie des conditions mises en place par leurs parents pour faire des études et ainsi l’on retrouve une flopée d’avocats et de médecin.

Il souligne aussi que le fait d’être Juif a joué un rôle déterminant dans le fait de monter des cabinets d’avocats florissants : en étant exclus des cabinets traditionnels qui fonctionnaient de manière fermé, les nouveaux avocats ne traitaient que des dossiers déconsidérés comme le droit des affaires.

L’importance d’être né au bon moment était critique car lorsque le droit des affaires devint une discipline critique pour les entreprises dans les années 70, ces avocats avaient plus de 20 ans de pratiques et étaient les spécialistes incontournables du domaine.

Dans les chapitres suivants on balaie 2 sujets également surprenants.

Le premier, c’est la vie d’un village reculé des USA qui possède un taux de mortalité par balle très important. Ce qui est marrant, c’est que tous les autres types d’agressions sont plus faibles que la moyenne nationale mais qu’étrangement cet indicateur est hors-norme.

Harlan est situé dans le Kentucky et son histoire explique bien des choses. Le village est crée en 1819 par une famille venue du nord des îles Britanniques et peu à peu, plusieurs familles viennent s’installer à cet endroit. Encore aujourd’hui, c’est une ville dont les habitants possèdent un accent fort reconnaissable et qui accordent une importance première à l’honneur.

Ces origines expliquent l’attitude des gens au travers de l’histoire de ce village. Elles expliquent pourquoi il y a eu autant de morts par balle et pourquoi quelqu’un qui est humilié doit absolument laver son honneur. Au procès d’une personne qui avait descendu quelqu’un qui se moquait de lui depuis plusieurs mois seul un jury le considérait comme coupable « Il ne serait plus vraiment un homme s’il n’avait pas tué ce gars ».

L’histoire surprenante des crash aériens

Le second sujet est aussi étonnant : les crash aériens. A un moment donné de l’histoire de l’aviation, la nationalité n’était pas vraiment prise en compte dans les relations pilote/tour de contrôle et la lecture des derniers échanges avant certains crash étaient hallucinants.

Les discussions mettent en avant que les origines ethniques des membres de l’équipe expliquaient de nombreux crash à cause d’un élément : la relation au pouvoir.

On retrouve des histoires où des contrôleurs aériens de New York (donc supposés être des citadins acerbes) donnent des instructions à un pilote colombien pour attendre avant d’atterrir qui, malgré le fait qu’il n’ai plus de carburant, accepte sans broncher et fini par se crasher à cause de ça.

On trouve des situations où c’est le pilote qui agit en dépit du bon sens et que le co-pilote ne dit rien de direct pour changer les choses : il ne donne que des indications faibles qui sont en fait, dans son niveau de langage, plutôt familier.

Un classement des pays qui possèdent une plus ou moins forte relation au pouvoir (la distance hiérarchique de Hofstede) a permis de prendre en compte de facteur. En fonction du pays d’origine de l’équipe, ses membres acceptent avec plus ou moins de soumission les inégalités du moment.

Vous serez peut-être surpris d’apprendre que d’après ce classement, la France est un pays qui possède un indice de 70 signifiant que les personnes subissant le pouvoir sont plus à même d’accepter les inégalités et les signes forts de ses dirigeants… (l’exemple typique contraire étant les pays suédois où les ministres prennent le métro).

Suite et fin

La suite du livre est tout aussi intéressante. L’auteur y analyse sa propre histoire au travers du traitement de la couleur de peau en Jamaïque et de l’ensemble des circonstances qui ont permis à sa mère de faire des études malgré le fait que souvent les noirs étaient purement et simplement des esclaves à cette époque.

C’est un excellent livre qui rappelle simplement une chose : les plus grands succès ne reposent pas uniquement sur le talent. Une partie vient du timing et quelques réussites le reconnaissent « J’ai eu de la chance » et une autre partie est liée à la mise en place de conditions favorables.

Sans pour autant alimenter le fatalisme en nous, je pense que ce livre doit imprimer le fait qu’il faut composer avec ce que l’on a et qui l’on est. Parfois, ce sera le chemin vers un succès visible et retentissant et parfois la réussite sera modeste mais dans le fond peu importe. Ce qui compte, c’est d’avoir mis en oeuvre son talent et d’avoir avancé.

Ne nous cachons pas derrière des excuses comme « si j’avais été né 10 ans plus tôt », « si j’avais reçu ton éducation »… Faites avec ce que vous avez 🙂

Acheter Outliers: The Story of Success

Commentaires 10

  1. Excellent article ! Effectivement quand on gratte un peu derrière les success stories on trouve toujours des circonstances favorisantes, le corollaire c’est que certaines personnes qui semblent avoir moins réussi ont en fait plus de mérite !

    Ne jugez pas quelqu’un sur sa réussite mais jugez-le plutot sur sa personne et sur son courage.

  2. Bonjour Michael,

    Outliers est un des rares livres dont j’ai arrêté la lecture en plein milieu… 🙁
    Je trouve que l’auteur se perd dans des détails qui ne servent à rien. Au final il n’y a pas grand-chose de transcendant… Mais c’est un avis qui ne vaut que pour moi… 🙂

    Je souhaitais lire « The Tipping Point » du même auteur. Notion reprise dans « Stratégie Océan Bleu » mais vu le style Malcolm Gladwell, j’ai abandonné l’idée…

    Pour conclure sur une note positive, merci pour cet article ! Même si je n’ai pas fini le livre, j’étais relativement frustré de ne pas savoir ce qu’il y avait à la fin. Maintenant c’est chose faite ! ;-P

  3. Post
    Author
  4. Ah ouais, les success story sont aussi dues en partie à la chance?

    On ne s’en doutait pas du tout, merci d’enfoncer des portes ouvertes…

  5. merci pour ce résumé ; je crois qu’il remplace presque la lecture du livre ! (c’est vrai que malcolm gladwell est pas facile à lire parce qu’il va loin dans le détail…).
    En tous cas s’il y a un concept que tout le monde a retenu de ce livre, c’est celui des 10.000 heures de pratique pour devenir un expert… de quoi bien s’occuper!

  6. Oui, article intéressant !
    J’avais en effet déjà lu que Bill Gates avait bénéficié des circonstances de l’époque, notamment des relations que sa mère avait, me semble-t-il… Mais ça n’enlève rien à son mérite !

  7. Et oui, les belles histoires ne sont qu’une poignée et dans cette poignée, fort peu proviennent d’un vrai travail mais souvent d’un « au bon endroit, au bon moment »… Ce qui est intéressant est de voir le facteur chance mais aussi les autres facteurs favorisants (date, lieu, ascendance…)..
    Ben oui, c’est plus facile de réussir dans la vie quand on n’a pas de problème d’argent et qu’on a accès au savoir. Prenons conscience de notre chance et ne jetons pas la première pierre à ceux qui n’ont pas eu de bons modèles depuis leur naissance.

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