En bref : combien pèse la fortune de Thomas Pesquet ?
Fourchette estimée : 1 à 3 millions d’euros. Aucun chiffre officiel n’existe, donc voici une reconstitution assumée plutôt qu’un montant inventé.
Méthode : Environ vingt ans de carrière entre Air France et l’Agence spatiale européenne, à un revenu net compris entre 60.000 et 120.000 € selon les périodes, avec un taux d’épargne probablement élevé compte tenu des longues missions. On y ajoute les droits d’auteur de quatre livres à succès.
Limites : C’est la reconstitution la plus incertaine de la série, parce qu’aucun élément de patrimoine n’est public et que tout dépend de choix d’épargne inconnus. Le reste de l’article détaille les mécanismes, qui sont eux parfaitement documentés.
Sept portraits ont précédé celui-ci. Un contrat à 32 % de royalties, un exil fiscal, une marque mondiale, une clause à dix centimes, deux sociétés patrimoniales, un rachat de contrat à seize ans.
Voici le huitième, et il ne ressemble à aucun des autres. Thomas Pesquet est la huitième personnalité préférée des Français, il a commandé la Station spatiale internationale, et il touche une fiche de paie.
C’est tout. C’est ça, la fortune de Thomas Pesquet : un salaire, avec une grille, des échelons, et l’interdiction formelle de gagner quoi que ce soit à côté.
Aux origines de la fortune de Thomas Pesquet : Rouen, Supaéro, Air France
Né à Rouen en 1978. Père professeur de mathématiques et physique, mère institutrice. Classe préparatoire à Rouen, puis diplôme d’ingénieur aéronautique à l’ISAE-Supaéro en 2001, complété par un master au Canada.
En 2004, il intègre le programme cadets d’Air France et obtient sa licence de pilote de ligne en 2005. Plus de 2.500 heures de vol sur Airbus, puis instructeur.
En 2009, l’Agence spatiale européenne recrute. 8.413 candidats, six retenus. Il est le plus jeune de sa promotion.
Deux missions suivent. Proxima, du 17 novembre 2016 au 2 juin 2017, cent quatre-vingt-seize jours. Puis Alpha, du 23 avril au 9 novembre 2021, cent quatre-vingt-dix-neuf jours, au terme de laquelle il devient le premier Français à commander la Station spatiale internationale.
Ce que gagne vraiment Thomas Pesquet, chiffres à l’appui

Un astronaute de l’ESA est payé selon la grille des organisations internationales. Pour son échelon, cela représente entre 8.886 et 9.778 € net par mois. Soit de l’ordre de 117.000 € net par an.
C’est un excellent salaire. C’est aussi beaucoup moins que ce que la plupart des gens imaginent pour un homme dont le visage a fait la une pendant deux ans.
Et lui-même le dit sans détour, dans un entretien au Monde en octobre 2023 : « Je gagnerais mieux ma vie si j’étais resté pilote chez Air France. »
Ce n’est pas une coquetterie. Un commandant de bord expérimenté chez Air France émarge autour de 100.000 € brut par an, et les mieux payés atteignaient 300.000 € en 2018. Un pilote au sommet de sa carrière gagne donc deux à trois fois ce que gagne l’astronaute le plus célèbre d’Europe.
Précision méthodologique : je compare ici un net et un brut, ce qui n’est pas rigoureux. L’écart réel est plus faible que le graphique ne le suggère à première vue. Il reste que la direction est claire, et surtout qu’elle est confirmée par l’intéressé.
Le vrai frein à la fortune de Thomas Pesquet : son statut
Voilà le mécanisme central, et c’est celui qui fait de ce portrait l’exact opposé de celui de Zinédine Zidane.
Zidane a une notoriété mondiale et un statut d’indépendant. Résultat : Adidas à vie, Alpine, Dior, un post Instagram à 200.000 €, un EHPAD dans le Var, des complexes sportifs.
Pesquet a une notoriété nationale considérable et un statut d’agent d’une organisation internationale. Résultat : rien. Pas de sponsor, pas de contrat d’image, pas d’ambassadeur de marque, pas de participation dans une société.
Ce n’est pas un choix moral, c’est une règle. Les agents des organisations internationales et de la fonction publique sont soumis à des obligations de réserve, de neutralité et de non-cumul. On ne prête pas son image à une marque quand on porte l’écusson d’une agence publique européenne financée par les États membres.
Bilan : sa notoriété est maximale, et son taux de conversion est proche de zéro.
La notoriété n’est pas un actif, c’est un potentiel
C’est la leçon la plus utile de tout ce dossier, et elle vaut bien au-delà du cas d’un astronaute.
Beaucoup de gens confondent visibilité et richesse. Ils voient un nombre d’abonnés, une couverture de magazine, une présence médiatique, et ils en déduisent des revenus. C’est faux. La notoriété est une matière première. Elle ne devient un revenu que si trois conditions sont réunies.
Il faut un droit : être juridiquement autorisé à monétiser. Pesquet ne l’est pas pendant son service.
Il faut un véhicule : une société, un contrat d’édition, une structure qui encaisse. Zidane a ses sociétés, Mylène Farmer en a deux.
Il faut une offre : quelque chose à vendre. Un livre, un spectacle, un service, une marque associée.
Enlevez une des trois et la notoriété reste ce qu’elle est : de la reconnaissance dans la rue.
Calculez votre taux de conversion, comme pour la fortune de Thomas Pesquet
Puisque c’est le cœur du sujet, transformons-le en exercice applicable ce soir.
Prenez trois colonnes. Dans la première, listez vos actifs de visibilité : nombre de clients qui vous connaissent, abonnés, réseau professionnel, réputation dans votre secteur, expertise reconnue. Soyez honnête, pas modeste.
Dans la deuxième, notez en face de chaque ligne ce que ça vous rapporte réellement en euros par an. Pas ce que ça pourrait rapporter, ce que ça rapporte.
Dans la troisième, écrivez ce qui bloque quand la deuxième colonne est vide. Il n’y a que quatre réponses possibles.
Un interdit juridique. Votre contrat, votre statut, votre ordre professionnel vous l’interdisent. C’est le cas de Pesquet. Dans ce cas, la seule question qui vaille est de savoir si vous voulez rester dans ce cadre, et jusqu’à quand.
L’absence de véhicule. Vous avez le droit mais vous n’avez pas de structure pour encaisser. C’est le plus facile à régler, et le plus souvent négligé.
L’absence d’offre. Les gens vous connaissent mais vous n’avez rien à leur vendre. C’est le cas le plus fréquent chez les indépendants qui ont bâti une audience sans jamais construire de produit.
Un choix assumé. Vous pourriez, vous ne voulez pas. C’est parfaitement légitime, à condition que ce soit conscient et pas subi.
L’intérêt de l’exercice n’est pas de tout monétiser. C’est de savoir dans quelle case vous êtes. La plupart des gens croient être dans la quatrième alors qu’ils sont dans la deuxième ou la troisième.
Le seul canal ouvert dans la fortune de Thomas Pesquet : les livres
Il en a publié plusieurs. Terre(s) chez Michel Lafon, un recueil de photographies prises depuis l’ISS. Dans la combi de Thomas Pesquet, une bande dessinée avec Marion Montaigne chez Dargaud. Puis La Terre entre nos mains et Ma vie sans gravité chez Flammarion.
Le livre est le seul véhicule vraiment compatible avec son statut, parce qu’il relève du droit d’auteur et non du contrat commercial. Écrire n’est pas prêter son image à une marque.
Les montants perçus n’ont jamais été publiés, et je ne vais pas les inventer. Ce qu’on peut dire, c’est que le mécanisme est celui décrit dans mon guide sur les royalties comme source de revenus passifs : un travail réalisé une fois, un pourcentage sur chaque exemplaire vendu, pendant des années.
C’est aussi, exactement, le moteur de la fortune de Jean-Jacques Goldman, transposé de la chanson au livre. À une différence d’échelle près qui reste considérable.
Ce que la fortune de Thomas Pesquet contient à la place
Si on s’arrête au salaire, on rate l’essentiel. Regardez ce qu’il accumule depuis quinze ans.
Un capital de compétences d’abord : ingénieur Supaéro, pilote de ligne, 2.500 heures de vol, deux séjours de plus de six mois en orbite, plus de deux cents expériences scientifiques conduites, six sorties extravéhiculaires, et le commandement d’une station habitée. Il parle six langues : français, anglais, russe, espagnol, mandarin et allemand.
Un capital institutionnel ensuite : ambassadeur de bonne volonté de l’UNICEF et de la FAO, administrateur de la Fondation Air France, parrain d’Aviation sans frontières, et depuis 2024 colonel réserviste opérationnel dans l’armée de l’air et de l’espace, qualifié sur A330 MRTT.
Un capital de réputation enfin, et c’est celui qui compte le plus dans la mécanique de la fortune de Thomas Pesquet. Une réputation d’exigence technique, sans scandale, sans opportunisme commercial, construite sur quinze ans.
Aucun de ces trois capitaux ne produit d’euros aujourd’hui. Les trois seront monétisables plus tard.
Ce que ce cas dit des métiers passion
Il y a une lecture plus large, et elle concerne beaucoup de lecteurs.
Les métiers désirables sont systématiquement moins bien payés que les métiers équivalents en compétence mais moins prestigieux. Journalisme, culture, sport de haut niveau hors élite, recherche publique, humanitaire, métiers de l’espace. Le mécanisme est économique et implacable : quand beaucoup de gens veulent un poste, l’employeur n’a pas besoin de bien payer pour le pourvoir.
Autrement dit, une partie de votre rémunération vous est versée en satisfaction plutôt qu’en euros. Ce n’est pas illégitime, et beaucoup de gens font ce choix en connaissance de cause.
Le problème apparaît quand ce choix n’est pas compensé ailleurs. Un revenu plafonné n’interdit pas de constituer un patrimoine, il oblige simplement à le faire par un autre canal : l’épargne systématique, l’immobilier à crédit, l’investissement long. C’est précisément la logique de la méthode Esprit Riche, et elle a été pensée pour des gens qui ne peuvent pas augmenter leurs revenus à volonté.
La fortune de Thomas Pesquet illustre bien ce point : son salaire est plafonné par sa grille, mais rien ne l’empêche d’investir ce qu’il en épargne. Ce qu’il en fait n’est pas public, et je n’ai aucune information sur ce point.
Le pari du report, clé de la future fortune de Thomas Pesquet
Il a quarante-sept ans. Une carrière d’astronaute actif ne dure pas éternellement, et l’après existe.
Regardez ce que font les astronautes américains après la NASA : conférences à cinq chiffres, sièges dans des conseils d’administration, direction de programmes spatiaux privés, fonds d’investissement dans le spatial. Le secteur est en pleine expansion, et le nombre de personnes qui ont réellement commandé une station orbitale se compte sur les doigts.
Pesquet a donc fait, consciemment ou non, un arbitrage classique en matière de patrimoine : accepter une rémunération plafonnée pendant la phase d’accumulation de compétences, pour maximiser la valeur de sortie.
C’est le raisonnement de l’interne en médecine mal payé pendant dix ans, du chercheur qui reste en laboratoire public, de l’ingénieur qui passe cinq ans dans une entreprise de référence avant de partir. On paie cher, en revenus immédiats, un signal de compétence qui vaudra beaucoup plus tard.
Ce pari n’est pas sans risque. Il suppose que la valeur du signal ne se déprécie pas, et que l’occasion de le convertir se présente. Beaucoup de gens attendent une monétisation qui n’arrive jamais.
Ce que je ne sais pas, et que personne ne sait
Trois réserves, dans le même esprit que pour les portraits précédents.
La grille salariale de l’ESA est publique dans son principe, mais l’échelon exact de Thomas Pesquet ne l’est pas. La fourchette citée correspond à ce que les sources spécialisées retiennent pour un astronaute de son ancienneté, pas à sa fiche de paie.
Les revenus tirés de ses livres n’ont jamais été communiqués. On connaît les éditeurs et les titres, pas les tirages exacts ni les taux de droits d’auteur négociés. Sur un ouvrage illustré, ces taux sont d’ailleurs souvent plus faibles que sur un texte seul, parce que le coût de fabrication est plus élevé.
Enfin, ce qu’il a fait de son épargne depuis quinze ans est totalement inconnu. Immobilier, placements financiers, rien du tout : aucune information publique n’existe. La fortune de Thomas Pesquet, au sens patrimonial du terme, n’est donc pas chiffrable, et tout article qui vous annonce un montant l’a inventé.
Ce qui reste solide, c’est le mécanisme : un statut qui plafonne les revenus et interdit la conversion de la notoriété. C’est ça, le sujet, pas le montant.
Le contraste avec les sept portraits précédents
Mettez les huit cas côte à côte et une régularité saute aux yeux.
Ceux qui ont accumulé le plus détiennent une structure : une société d’édition, une société de production, une SCI, un catalogue. Ceux qui ont le mieux négocié détiennent un pourcentage : des royalties, un intéressement, une part du résultat. Et celui qui ne détient rien touche un salaire, même s’il commande une station orbitale.
Le talent, la notoriété et le mérite ne sont pas la variable explicative. Ils sont répartis à peu près également entre les huit. Ce qui varie, c’est le rapport juridique au fruit du travail.
C’est pour cette raison que la fortune de Thomas Pesquet est le portrait le plus utile de la série, même si c’est le moins spectaculaire. Il isole la variable. Prenez quelqu’un d’exceptionnel, donnez-lui une reconnaissance nationale, retirez-lui la propriété et le droit de monétiser, et vous obtenez un très bon salaire. Rien de plus.
La conclusion vaut pour un cadre supérieur, un médecin hospitalier ou un ingénieur brillant. La compétence produit un revenu. Seule la propriété produit un patrimoine.
Ce que la fortune de Thomas Pesquet vous apprend sur l’argent
Six choses, et aucune ne demande d’aller dans l’espace.
1. Le statut fixe le plafond. Avant de regarder le salaire, regardez ce que votre contrat vous autorise à faire à côté. Clause d’exclusivité, obligation de loyauté, non-concurrence, statut public. C’est là que se joue votre plafond réel, pas dans la ligne de rémunération.
2. La notoriété ne se transforme pas toute seule. Il faut un droit, un véhicule et une offre. Sans les trois, elle ne produit rien. C’est vrai pour un astronaute comme pour quelqu’un qui a 50.000 abonnés et zéro euro de revenus.
3. Le prestige a un prix, et il se paie en euros. Il gagne moins qu’en restant pilote et il le sait. Les métiers désirables sont moins payés précisément parce qu’ils sont désirables : la concurrence pour y entrer fait baisser le prix.
4. Le capital humain est un actif, même s’il ne rapporte rien aujourd’hui. Six langues, un commandement, deux cents expériences. Ça ne se voit sur aucun compte bancaire et ça vaut cher.
5. Différer la monétisation est une stratégie, pas une absence de stratégie. À condition de savoir quand et comment on convertit. Fixez-vous une échéance, sinon le report devient une habitude.
6. Sécurité et plafond vont ensemble. Un salaire garanti, indexé, avec une couverture sociale d’organisation internationale, c’est du confort. Ce confort se paie par l’absence de levier. Aucun salarié n’est jamais devenu riche par son salaire, et c’est vrai même quand le salarié commande une station spatiale.
Questions fréquentes sur la fortune de Thomas Pesquet
Combien gagne Thomas Pesquet ?
Entre 8.886 et 9.778 € net par mois selon la grille salariale de l’Agence spatiale européenne, soit environ 117.000 € net par an. Il a déclaré au Monde en 2023 qu’il gagnerait davantage s’il était resté pilote chez Air France.
Thomas Pesquet a-t-il des contrats publicitaires ?
Non. Son statut d’agent d’une organisation internationale lui interdit les contrats de sponsoring et d’image. C’est ce qui différencie radicalement sa situation de celle d’un sportif ou d’un acteur de notoriété équivalente.
Quelle est la fortune de Thomas Pesquet ?
Aucun patrimoine n’a été rendu public, et aucune estimation sérieuse n’existe. Les seules données vérifiables sont sa grille salariale et ses publications. Les chiffres qui circulent en ligne ne reposent sur rien.
Comment est-il devenu astronaute ?
Par la sélection de 2009 de l’Agence spatiale européenne, qui a retenu six candidats sur 8.413 dossiers. Il était ingénieur Supaéro et pilote de ligne chez Air France au moment de sa candidature.
La fortune de Thomas Pesquet, seule de la série à ne rien posséder
Goldman possède un catalogue. Cabrel possède une société. Farmer en possède deux. Zidane possède une marque et des murs. Omar Sy possède une structure de production. Marceau a acheté sa liberté contractuelle.
Pesquet ne possède rien de tout ça. Il a un employeur, une grille et un échelon.
Ce n’est ni un échec ni un contre-exemple moral. C’est la démonstration la plus nette de ce que raconte cette série depuis le premier épisode : ce n’est pas le succès qui produit le patrimoine, c’est la structure de propriété qu’on met derrière le succès.
Alors la question, pour finir. Vous, quelle est votre grille, et qui la fixe ?
Sources : Wikipédia pour la biographie, la sélection ESA et les missions ; Hellowork pour la grille salariale ESA, s’appuyant sur un entretien au Monde d’octobre 2023 et sur une enquête de Libération de 2018 sur les salaires des pilotes.
Photo d’illustration : NASA / Johnson Space Center, domaine public, via Wikimedia Commons.
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