Les histoires qu’on se raconte

Michael Ferrari Finances personnelles 10 Commentaires

Philippe est coach et auteur du livre « Soigner vos problèmes d’argent » dans le domaine de l’argent et du développement personnel. Chaque semaine, il publie sur Esprit Riche un article parlant d’argent et de ses secrets que nous avons parfois du mal à comprendre. Voici Philippe !

Analyser ses résistances au changement pour les dépasser

Lors d’un séminaire récent, une participante m’a fait part de son insatisfaction concernant son travail actuel : poids de la hiérarchie et des procédures, manque de reconnaissance, sentiment de ne pas être « utilisée » à sa juste valeur, manque de perspectives. Lorsque je lui ai demandé ce qui l’empêchait de changer d’entreprise, elle se montra très surprise de ma question et me répondit : c’est la crise, il y a plus de 2 millions de chômeurs et j’ai 45 ans. Voilà effectivement, nommés de la sorte, 3 handicaps « majeurs », voire rédhibitoires!

Les histoires qu’on se raconte

En creusant un peu plus cette réponse, on s’aperçoit qu’il y a 2 éléments : la réalité factuelle (crise + nombre de chômeurs + âge) et les conclusions tirées par cette personne : je ne vais pas trouver un autre travail aujourd’hui en raison de ces 3 conditions, alors je m’accroche à ce boulot même s’il ne me convient plus. Il y a donc d’une part la réalité, et d’autre part les histoires qu’on se raconte à propos de cette réalité. Ce deuxième aspect freine les élans de changement et maintien dans le confort du statu quo et de la souffrance connue. En réalité, au moment où j’écris ces lignes, des femmes de 45 ans cherchent du travail : certaines en trouvent ou en trouveront, d’autres créeront leur emploi et d’autres encore resteront au chômage. Qu’est-ce qui prouve à mon interlocutrice qu’elle doive fatalement appartenir à la dernière catégorie et non aux autres ? C’est pourtant ce qu’elle induit dans ses réponses. Mais on devine qu’il y a un niveau plus profond : les émotions, et notamment les peurs.

Pour changer, il faut se coacher !

1. Regarder la réalité en face, les choses telles qu’elles sont, son histoire, son parcours, le contexte, ses désirs, ses manques.

2. Mettre à jour et analyser les histoires qu’on se raconte à propos de cette réalité là, histoires qui procèdent de généralisations (prendre un exemple pour le tout), omissions (ne pas tenir compte de toute l’information disponible), distorsion (déformer l’information pour la rendre cohérente avec des présupposés). La caractéristique de ces histoires est de confirmer une vision de soi dans le monde, vision qui s’est créée en d’autres temps et d’autres lieux, sous l’influence de différentes figures d’autorité. Dans de nombreux cas, cette image de soi oriente vers le repli et la résignation.

3. Identifier et surmonter les peurs profondes qui sont « maquillées » par les explications et « rationalisations écran », mentionnées ci-dessus. Parmi ces peurs partagées par tous les êtres humains : peur d’être rejeté, peur de ne pas être à la hauteur, peur de ne pas faire face, peur de perdre ce qu’on a…

Quelques exemples issus de cas réels :

Cédric vient du monde ouvrier : il ne pourra donc pas se faire connaitre comme coach auprès de dirigeants d’entreprises. Sa peur est d’être rejeté.

Magali veut être parfaite en toutes circonstances : elle ne peut pas assumer le fait qu’en démarrant sur un nouveau poste, elle fera des erreurs et aura besoin de formation. Elle craint de ne pas être à la hauteur.

Catherine est introvertie : elle ne pourra jamais monter sur une scène pour chanter ses compositions. Sa peur est de ne pas faire face.

La théorie paradoxale du changement

Lorsqu’il y a des difficultés à changer, il importe de regarder ces 3 niveaux et de lever un à un les interdits qui en découlent. A partir de l’accueil inconditionnel de la réalité (les niveaux 1 et 3), il devient possible de faire évoluer les conclusions limitantes (niveau 2) et de faire face aux émotions paralysantes. Pour changer, il convient d’assumer complètement la réalité et les émotions telles qu’elles sont. Puis de se libérer de ces histoires qu’on se raconte en les regardant d’un autre œil :

Les origines ouvrières de Cédric lui confèreront un caractère concret dans son approche qui le différenciera de coachs plus « intellos ». Le besoin de perfection de Magali l’incitera à demander plutôt qu’à faire elle-même. L’introversion de Catherine donnera une grande sensibilité à ses interprétations.

Ce qui est paradoxal, c’est que pour changer, il convient d’accepter et d’assumer la réalité telle qu’elle est ! Il restera ensuite à mettre en face de chaque peur des ressources propres à en faire baisser l’intensité, de s’y exposer volontairement pour acquérir d’autres points de repère émotionnels (ce n’est pas parce qu’on est rejeté par un client, pas à la hauteur de ce que les autres attendent de nous ou ridicule lors d’un premier passage sur scène ……………………. qu’on disparait de la planète !).

A vous maintenant

Pensez maintenant à une envie de changement qui vous taraude sans que vous arriviez à passer à l’action. Analysez là attentivement.

Quelle est la réalité ?

Quelles sont les histoires que vous vous racontez à propos de cette réalité ?

Quelles sont les peurs profondes sous-jacentes que vous aurez à affronter pour mettre en place ce changement ?

Commentaires 10

  1. Shaoping

    Bingo!

    Bravo pour cet article qui vise juste. C’est concret et répond directement à mes interrogations récentes.

    En ce qui me concerne, cela fait 6 mois que je pense à changer de métier, mais je fuis constamment. A chaque fois qu’il faut passer à l’acte d’envoyer un CV, je bloque.

    En lisant votre article, j’ai compris qu’il y avait une raison plus profonde à cette attitude. Ce n’est pas simplement de la paresse. C’est aussi et surtout la peur de ne pas être à la hauteur pendant les entretiens, la peur de ne pas réussir à trouver au final un meilleur poste.

    Maintenant, je me dis que c’est en forgeant qu’on devient forgeron. Même si je n’ai pas de retours positifs, je serai fier de moi pour avoir essayer.

    Pour reprendre une phrase en anglais de David Schwatz: « Do fear and fear disappears »

    1. Philippe

      La peur est une émotion qui nous informe qu’il y a un danger. Ce danger est réel ou imaginaire, malheureusement, le cerveau ne fait pas la différence et nous ressentons l’émotion sans rapport avec la réalité et la présence objective du danger.

  2. Yves Destination-Terre

    Bonjour à vous,

    Je me pose une question par rapport à tout ça: serait-ce possible que la majorité de nos problèmes liées à nos blocages viennent du fait qu’au départ, nous avons de la difficulté à nous auto-évaluer? J’ai l’impression que pour certains projets et/ou idées, nos évaluations soient trop à la baisse ou encore trop à la hausse. Malgré le bon vouloir de chacun, je crois qu’il faut savoir viser juste.

    1. Post
      Author
      Michael

      Je dirais surtout que nous avons un besoin viscérale de confort et de sécurité. Lorsqu’il s’agit d’avancer et donc de remettre en cause cet équilibre, le mécanisme primaire fait tout pour nous raisonner et écarter l’idée du changement. On le vois très bien lorsque par exemple quelqu’un se sent mal dans son entreprise et va mettre des mois, voir des années à changer de poste. Même lorsque la situation l’exige le changement est délicat et les peurs irrationnelles dirigent nos choix…

      1. marie

        bonjour! comment travailler sur ces peurs irrationnelles? elles sont différentes pour chacun mais il doit bien y avoir une façon de les aborder en général sans rentrer dans le détail? ou faut-il prendre une peur après l’autre? d’ailleurs pourrons nous sortir nos peurs de nous?

        1. Post
          Author
          Michael

          C’est un sujet complexe !
          La première étape, c’est d’en avoir conscience et de mettre un mot sur ces peurs. Ensuite, la manière de les travailler va être très diverse selon notre personnalité mais aussi selon la nature de ces peurs.
          Ce qu’il faut, ce sont des outils pour arriver à changer nos croyances et nos comportements (qui alimentent ces peurs) et il est impossible selon moi d’y répondre en quelques lignes. Cela dit, cela vaut la peine d’y revenir au travers d’un article.

    2. Philippe

      Concernant les peurs, il y a plusieurs axes. D’abord les lister, les reconnaitre honnètement et profondément pour les analyser plus froidement. Chaque peur exprime un besoin: par ex, la peur de se lancer peut se rapprocher d’un besoin de sécurité ou d’un besoin de contrôle. Ces besoins sont « irrationnels » au sens ou ils ne pourront jamais etre comblés. Il faut donc chercher des ressources qui vont permettre à la pression de retomber (par exemple, mettre de coté un pactole correspondant à X mois de train de vie avant de lancer une activité indépendante). Ensuite, il faudra franchir le pas et s’exposer véritablement à la peur qui est aussi un révélateur nos ressources insoupçonnées . C’est la con,fiance en soi (capacité à se fier à soi même). Marcher n’est possible que si on se met en déséquilibre

  3. Pingback: Où placer mon argent ? | Devenir riche à votre manière

  4. Murielle

    Moi, j’ai peur de quitter mon emploi que j’occupe depuis 4 ans et que je déteste.
    Ma peur de l’échec m’en empêche.
    Mais j’ai quand même assez de recul pour me rendre compte de la place qu’occupait l’argent dans tout ça!
    Comment quitter un boulot, se lancer dans l’inconnu quand on n’a pas un rond?
    J’ai donc commencé à économiser depuis 10 mois.
    Ca m’a rassuré, m’a apporté un sentiment de fierté pour la première fois de ma vie.
    Et paradoxalement, ça ma permis de me rendre compte que je devais faire un gros travail sur moi même et m’accepter.
    C’est vraiment bizarre!

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