Comment résoudre la crise du logement ? Commencez par arrêter de la créer.

Michael FerrariComment investir dans l'immobilier Leave a Comment

Chambre de 6 m2 à Paris, proposée à la location pour 438 euros par mois

Une chambre de 6 m2 à Paris, 438 euros par mois. Voilà où on en est. (Source : Le Parisien, 23 avril 2026)

Une chambre de 6 m2 à Paris, 438 euros par mois. Voilà où on en est. (Source : Le Parisien, 23 avril 2026)

La France manque de logements. Ce n’est pas une opinion, c’est un fait documenté, chiffré, visible à l’oeil nu dans n’importe quelle grande ville.

Mais ce qui est fascinant, c’est que personne ne semble se demander pourquoi on en est là. On préfère empiler des “solutions” qui aggravent le problème, puis s’étonner que rien ne s’améliore.

Alors posons les choses à plat. Et voyons, décision par décision, comment on a fabriqué cette crise de toutes pièces.

L’état des lieux : des chiffres qui devraient faire hurler

La pénurie de logements en France n’est plus un sujet de débat. C’est une réalité mesurable, ville par ville.

L’offre locative s’effondre. Entre 2021 et 2024, le nombre d’appartements à louer a chuté de 55 % à Paris. Dans les 10 plus grandes villes de France, la baisse atteint 39 %. A Bordeaux, c’est -40 %. A Lille et Montpellier, environ un tiers de l’offre a disparu. A Lyon, un quart.

Et ce n’est que l’offre. Regardons la demande : Montpellier +83 %, Toulouse +45 %, Lyon +40 %. Lyon a même dépassé Paris en tension locative en 2026, selon le baromètre LocService.

A Bordeaux, on a mesuré 871 candidatures pour 9 logements étudiants. A Rennes, 104 candidats par offre.

La construction neuve est au plus bas depuis 50 ans. En 2024, le nombre de permis de construire a touché un plancher historique. En 2025-2026, les mises en chantier sont 20 % en dessous de la moyenne des cinq dernières années. On construit 277 000 logements par an quand il en faudrait 400 000 selon les estimations les plus conservatrices.

2,9 millions de ménages attendent un logement social. Record historique. Le taux de succès est passé de 26 % il y a dix ans à 14 % aujourd’hui. Certains attendent 10 ans.

3,1 millions de logements sont vacants en France. Soit 7,7 % du parc. Plus de 1,3 million depuis au moins deux ans. On a des gens dans la rue et des immeubles vides. Mais ne changeons rien.

Le catalogue des décisions qui déforment les prix

Ce qui suit n’est pas une liste d’opinions. Ce sont des mesures prises par les pouvoirs publics, dont les effets sur l’offre et les prix sont documentés. A vous de juger si le remède est pire que le mal.

1. L’encadrement des loyers

L’idée est séduisante : plafonner les loyers pour protéger les locataires. Le résultat concret, après cinq ans d’application à Paris ? Le parc locatif a été divisé par deux entre 2021 et 2024. L’offre s’effondre, et le loyer moyen d’un 50 m2 parisien dépasse désormais 1 540 euros hors charges, en hausse malgré l’encadrement.

Le mécanisme est connu de tous les économistes : quand vous plafonnez un prix en dessous du marché, les vendeurs (ici les propriétaires) quittent le marché. L’offre diminue. La pénurie s’aggrave. Les locataires en place sont protégés. Ceux qui cherchent un logement sont sacrifiés.

L’économie estimée par la Ville de Paris : 984 euros par an en moyenne. L’effet secondaire : la moitié de l’offre locative qui disparait. C’est un médicament qui soigne le symptôme et tue le patient.

2. Les interdictions liées au DPE

Depuis le 1er janvier 2025, les logements classés G sont interdits à la location. Les F suivront en 2028, les E en 2034. On parle de jusqu’à 25 % du parc locatif potentiellement concerné.

L’intention est louable : rénover les passoires thermiques. Mais l’effet immédiat est mécanique. Des centaines de milliers de logements sortent du marché locatif. Pas parce qu’ils sont inhabitables, mais parce qu’une étiquette les classe en dehors des clous.

850 000 logements ont “échappé” au classement G grâce au nouveau mode de calcul du DPE entré en vigueur en janvier 2026, qui a modifié le coefficient de conversion de l’électricité de 2,3 à 1,9. Autrement dit, on a reconnu implicitement que la méthode précédente était défectueuse. Mais les propriétaires qui ont vendu entre-temps ne récupéreront pas leur bien.

3. La loi Le Meur (dite “anti-Airbnb”)

Adoptée en novembre 2024, cette loi réduit le seuil de location de résidence principale de 120 à 90 jours par an dans les zones tendues, avec des amendes pouvant atteindre 100 000 euros.

Mais le vrai coup est fiscal : l’abattement micro-BIC pour les meublés non classés passe de 50 % à 30 %, avec un plafond de recettes ramené à 15 000 euros. C’est une hausse d’impôt déguisée en régulation du logement.

Est-ce que ces logements vont revenir sur le marché longue durée ? Certains oui. Beaucoup seront simplement retirés du marché, vendus, ou laissés vacants. Parce que le propriétaire qui faisait du Airbnb ne le faisait pas par caprice. Il le faisait parce que les contraintes de la location longue durée, les risques d’impayés et la fiscalité rendaient l’alternative plus rationnelle.

4. La suppression du Pinel sans remplacement immédiat

Le dispositif Pinel a pris fin le 1er janvier 2025. Résultat : en 2025, seulement 10 000 logements neufs ont été vendus à des investisseurs particuliers, contre 60 000 par an en moyenne les années précédentes. Soit une chute de 83 %.

Le dispositif Jeanbrun, entré en vigueur en février 2026, arrive avec plus d’un an de retard. Un an pendant lequel la construction neuve s’est effondrée, les promoteurs ont fait faillite, et les chantiers ne sont pas sortis de terre.

5. La réintégration des amortissements LMNP dans la plus-value

Depuis 2025, les amortissements déduits en LMNP sont réintégrés dans le calcul de la plus-value à la revente. C’est un changement rétroactif de règle en cours de partie, qui touche des centaines de milliers de propriétaires ayant investi sur la base d’un cadre fiscal différent.

Le message envoyé aux investisseurs est limpide : les règles peuvent changer après coup. C’est le meilleur moyen de décourager l’investissement locatif privé.

6. La hausse de la taxe foncière

Depuis 2017, la taxe foncière a augmenté de plus de 30 % en moyenne dans les grandes villes françaises, et jusqu’à +52 % à Paris. C’est une charge qui ne peut pas être répercutée sur le loyer dans les zones sous encadrement. Elle est intégralement supportée par le propriétaire.

7. Les normes de construction

Les normes RT2012, puis RE2020, ont fait grimper le coût de construction de 10 à 15 % selon les estimations de la FFB. A quoi s’ajoutent les normes accessibilité, les places de parking obligatoires, les normes acoustiques. Chaque norme prise isolément est défendable. Leur empilement rend la construction neuve économiquement non viable dans de nombreuses zones sans subvention publique. C’est un cercle vicieux parfaitement orchestré.

8. Les aides au logement : 44 milliards qui gonflent les prix

C’est le sujet tabou par excellence. La France dépense chaque année environ 44 milliards d’euros en aides au logement. C’est colossal. Et une partie significative de cet argent ne profite pas à ceux qu’il est censé aider.

Les aides personnelles au logement (APL, ALF, ALS) représentent à elles seules 16 milliards d’euros par an, versés à 5,7 millions de ménages. L’APL est la plus connue, mais il y en a trois :

L’APL (Aide Personnalisée au Logement) concerne les logements conventionnés. L’ALF (Allocation de Logement Familiale) cible les ménages avec enfants ou personnes à charge. L’ALS (Allocation de Logement Social) est le filet de sécurité pour tous ceux qui ne rentrent dans aucune des deux premières cases, notamment les étudiants.

Le problème, c’est que ces aides ne font pas baisser le coût du logement. Elles le font monter. Ce n’est pas une opinion libertarienne. C’est le constat de l’INSEE. Une étude de référence (Fack, 2006) a mesuré que 78 % du montant des aides au logement est absorbé par une hausse des loyers. Autrement dit, sur 100 euros d’APL, 78 euros finissent dans la poche du propriétaire sous forme de loyer plus élevé, pas dans celle du locataire sous forme de pouvoir d’achat. La Banque de France a confirmé cet effet : les aides au logement ont un impact haussier sur les loyers, y compris pour les locataires qui n’en bénéficient pas.

Le mécanisme est simple. Quand l’Etat verse 300 euros d’APL à un locataire, le propriétaire sait que ce locataire peut payer 300 euros de plus. Le loyer s’ajuste en conséquence. L’aide ne soulage pas la demande, elle l’amplifie. Et comme l’offre de logements ne peut pas s’ajuster aussi vite, le résultat net est une inflation des loyers financée par le contribuable.

Le Prêt à Taux Zéro (PTZ) suit la même logique, côté achat. Quand l’Etat offre un prêt sans intérêts pouvant atteindre 180 000 euros, il augmente la capacité d’emprunt des acheteurs. Résultat : les prix de vente s’ajustent à la hausse. Le vendeur capture le bénéfice. L’acheteur se retrouve avec un bien au même prix relatif, mais l’Etat a financé l’écart. En 2024, les conditions du PTZ ont été élargies à 6 millions de foyers supplémentaires et la part finançable est passée de 40 % à 50 %. Plus d’argent public injecté dans un marché où l’offre stagne. Même cause, même effet.

Action Logement (l’ancien 1 % logement) prélève chaque année sur les entreprises de plus de 50 salariés pour financer des aides à l’accession, des prêts bonifiés à 1 %, des garanties locatives. C’est un système opaque, peu contrôlé, qui redistribue des milliards sans que personne ne mesure réellement son impact sur les prix.

Les avantages fiscaux complètent le tableau : 15,9 milliards d’euros de dépenses fiscales en 2024. TVA réduite sur la construction sociale, exonérations diverses, dispositifs de défiscalisation successifs. Autant de subventions déguisées qui soutiennent artificiellement un marché incapable de fonctionner sans perfusion publique.

Au total, l’Etat est le premier financeur du logement en France avec 32,8 milliards d’euros injectés directement en 2023, soit les trois quarts de l’enveloppe totale. Et malgré cet effort budgétaire massif, la pénurie s’aggrave, les loyers montent, et 2,9 millions de ménages attendent un logement social.

La question que personne ne pose : est-ce que cet argent résout le problème, ou est-ce qu’il le finance ?

Ce que personne ne veut entendre

Le logement obéit aux mêmes lois que n’importe quel marché. Quand vous réduisez la rentabilité de l’investissement locatif, vous réduisez l’investissement locatif. Quand vous réduisez l’investissement locatif, vous réduisez l’offre. Quand vous réduisez l’offre, les prix montent.

L’encadrement des loyers ne fait pas baisser les loyers. Il fait disparaitre les logements.

L’interdiction des passoires thermiques ne rénove pas les immeubles. Elle retire des logements du marché.

La fiscalisation du meublé touristique ne remet pas les logements en location longue durée. Elle décourage les propriétaires.

Les aides au logement ne réduisent pas le coût du logement. Elles gonflent les loyers et les prix de vente.

Chaque mesure prise pour “protéger” les locataires aggrave la pénurie. La pénurie fait monter les prix. Et les prix élevés justifient de nouvelles mesures de “protection”. On tourne en rond depuis 30 ans.

Ce qu’il faudrait faire (et qu’on ne fera probablement pas)

Résoudre la crise du logement n’est pas compliqué à comprendre. C’est politiquement impossible à faire. Parce que les solutions réelles demandent du courage que personne n’a.

Libérer le foncier. L’Etat et les collectivités sont les plus gros propriétaires fonciers du pays. Des terrains constructibles existent. Ils sont bloqués par des PLU restrictifs, des procédures de 3 à 7 ans, et une opposition locale systématique.

Simplifier les normes. Pas les supprimer. Les rendre proportionnées. Un T2 de 30 m2 n’a pas besoin des mêmes standards qu’un immeuble de bureaux.

Stabiliser la fiscalité. Personne n’investit à 20 ans quand les règles changent tous les 18 mois. Le Pinel, le Scellier, le Duflot, le Pinel+, le Jeanbrun. Cinq dispositifs en quinze ans. C’est de l’instabilité juridique permanente.

Remettre les logements vacants sur le marché. 3,1 millions de logements vides. La fiscalité punitive ne suffit pas. Il faut comprendre pourquoi ces logements sont vacants : procédures d’expulsion qui prennent deux ans, risque d’impayés non couvert, coût de mise aux normes prohibitif. Résolvez ces problèmes et les logements réapparaitront.

Arrêter de subventionner la demande quand le problème est l’offre. 44 milliards d’euros par an, dont 16 milliards d’aides personnelles au logement. L’INSEE a montré que 78 % des APL sont absorbées par la hausse des loyers. Le PTZ gonfle les prix de vente. L’argent public finance l’inflation immobilière au lieu de financer la construction. Tant que la priorité budgétaire restera la subvention de la demande plutôt que le déblocage de l’offre, la crise empirera.

Le mot de la fin

La France ne manque pas de lois sur le logement. Elle en a trop. Chaque nouvelle mesure rajoute une couche de complexité, décourage un investisseur de plus, et retire un logement supplémentaire du marché.

On ne résoudra pas cette crise avec plus de régulation. On la résoudra en arrêtant de la créer.

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