L’argent et la peur : un mariage infernal

Michael Ferrari Améliorer sa vie, Finances personnelles, Psychologie de l'argent 13 Commentaires

Philippe est coach et auteur du livre « Soigner vos problèmes d’argent » dans le domaine de l’argent et du développement personnel. Chaque semaine, il publie sur Esprit Riche un article parlant d’argent et de ses secrets que nous avons parfois du mal à comprendre. Voici Philippe !

Il est une émotion inhérente à l’être humain qui trouve un terrain d’expression de tout premier choix avec l’argent : la peur. La peur a une fonction précise : nous signaler un danger pour nous permettre de prendre la fuite, c’est une réponse quasiment « biologique » que nous avons peu à peu appris à contrôler. « Petit » problème, le danger peut être purement imaginaire, c’est même le cas de la plupart des peurs aujourd’hui, car nos sociétés sont plus sures qu’au Moyen Age (quoiqu’on en dise à la télévision). Les peurs imaginaires sont déconnectées de l’ici et maintenant de la situation (la personne qui angoisse une semaine avant de prendre la parole en public) : on est capable de se créer de vraies peurs à propos de tout et n’importe quoi, notamment lorsqu’on se laisse imaginer le pire. La peur est indicatrice d’un besoin, celui de se rassurer ou d’être rassuré (préparer et répéter son intervention en public).

L’argent et les peurs s’attirent !

Venons-en à l’argent à propos duquel se tissent diverses peurs : celle de manquer (génération ayant vécu la dernière guerre mondiale), celle de perdre ce qu’on possède (les avantages acquis, le pouvoir d’achat, son travail, ses biens !) et même celle de ne pas avoir plus que ce qu’on possède actuellement. Ces peurs sont les parties émergées d’une peur bien plus fondamentale : celle de mourir. Ca, ce n’est pas de l’imaginaire : ça nous arrivera, à vous et à moi. Quand et comment, mystère et boule de gomme ! Et nous bâtissons alors des stratégies ayant pour but de sécuriser notre existence (assurances, contrôles, normes, règles, lois) et nous investissons psychiquement l’argent comme un moyen d’assouvir notre besoin de sécurité. En pure perte, car la vie est un CDI précaire. Certes, grâce à l’argent, nous pouvons nous sentir plus tranquille, mais mettre sa sécurité dans ses possessions matérielles aboutira à de cruelles déconvenues. Parce que cela conduit à 2 types de comportements forts préjudiciables, qui peuvent d’ailleurs coexister chez une même personne.

Êtes-vous plutôt radin ?

La rétention d’argent (avarice, radinerie) qui pousse à amasser sans cesse de l’argent. Utile jusqu’à une certaine limite (c’est l’argent que l’on conserve qui nous fait riche, et non celui que l’on gagne), ce comportement porte en lui son échec. En effet, plus on possède d’argent et plus, de manière logique, on devrait se sentir en totale sécurité (être libre du travail, vivre ou l’on veut, bénéficier des meilleurs soins, être protégé par des gardes du corps, dormir sous une tente stérile )). Mais, paradoxalement, avoir plus d’argent confère encore plus de peur, celle de le perdre. Pour ceux d’entre vous qui avez accumulé un patrimoine : êtes-vous aussi insouciant à propos de l’argent que vous ne l’étiez à vos débuts ? Ne surveillez vous pas les cours de la Bourse et de l’immobilier ? Êtes-vous toujours cool quand vos placements se cassent la figure ? Sans compter qu’avec la rétention d’argent vient souvent une sécheresse du cœur et une pauvreté relationnelle !

En proie à une avidité débordante ?

L’avidité (appât du gain) pousse à toujours vouloir plus, gagner plus, plus de 0 avant la virgule sur ses comptes, au besoin en faisant fi de la loi, en exploitant d’autres humains, en polluant. Le versant « efficace » de l’avidité est de se mobiliser, d’entreprendre, mais rapidement la tendance s’inverse au profit de chacun pour soi, de la spéculation éhontée, du mépris des autres (voir par exemple le personnage campé par Gilles Lellouche dans « Ma part du gâteau »). Ce cycle, une fois lancé, ne s’arrête plus et devient une obsession, car l’avidité ne peut pas être assouvie par l’argent : la peur demeurera toujours si la personnalité ne se transforme pas.

Que vaudront vos billets dans l’au-delà ?

Quand on fait le procès de l’argent, on devrait plutôt faire le procès de ces individus pris dans ces souffrances. Jamais l’argent n’achètera la sécurité de la vie, ni ne donnera la sérénité. La sérénité s’obtient lorsqu’on est en paix avec son passé, joyeux et ancré dans le présent, confiant en l’avenir. La véritable sécurité est à l’intérieure, et la liberté est d’être « désenchaîné » de ses peurs profondes. Alors la vie sera vécue dans la joie et nous pourrons passer tranquillement dans l’autre monde. Votre argent, à ce moment-là, n’aura plus grande valeur (mais vous pouvez toujours vous faire enterrer avec une valise de billets de 500 €, on ne sait jamais !).

 

Commentaires 13

  1. Votre article me rappelle les écrits portant sur la « simplicité volontaire », idée qui remet en cause la sécurité que seraient sensés représenter nos biens et notre argent.

    Mais n’est-ce pas une réflexion de « riche » ? Une personne qui gagne le SMIC et qui rame pour payer ses factures ne doit pas avoir légitimement peur de ne pas arriver à boucler son mois ? Surtout s’il y a un risque d’expulsion à la clé, et des enfants à charge ?

    Faut-il condamner la quête d’une sécurité financière sous prétexte qu’à notre mort nous perdons tout ? Car en réalité, nous transmettons un patrimoine à nos enfants. Et en attendant, nous vivons plusieurs décennies !

    Je crois qu’à l’heure de notre mort on se demande s’il on a bien vécu, et si l’on a fait du bien autour de soi : comment bien vivre et être généreux (dans tous les sens du terme), si on doit économiser les bouts de chandelle pour s’en sortir ?

    Disons que si l’on est d’un naturel inquiet, l’argent ne règle pas nécessairement le problème. Mais il ne l’empire pas non plus je crois !

    1. Oui, je suis bien d’accord que la quete d’une sécurité financière est nécéssaire, d’ailleurs je l’ai et le fait! Simplement, il peut s’agir d’un leurre et d’une course sans fin si on n’acquiert pas sufisemment de confiance en soi (capacité à se fier à soi même) pour les événements de la vie

  2. D’ou l’intérêt de bloguer. En écrivant mes objectifs à l’âge de 24 ans (avoir assez d’argent pour vivre mais ne pas vivre pour l’argent), cela me permettra avec el temps de voir si j’ai gardé ma philosophie, et le cas échéant, si je ne vis que pour l’argent, revenir sur des valeurs plus saines 🙂

  3. Salut Philippe,

    L’argent est un outil point ! Il peut acheter une certaine forme de liberté mais il est aussi un amplificateur terrible :

    – Quelqu’un de généreux le sera encore plus avec plus d’argent.
    – Quelqu’un de désagréable le sera encore plus avec plus d’argent.

    Pourtant je ne te suivrais qu’à 80% dans ton raisonnement car l’argent bien utilisé permet d’avoir une certaine sécurité dans son existence bien que celle-ci soit précaire. On a le choix de son travail, de son lieu de vie, de son mode de vie, … Bien évidemment il y a les dérives que tu décris (radinerie injustifiée et avidité).

    1. Oui, Gilles, je partage ton raisonnement (voir ma réponse à badstef). j’aime bien ta notion d’amplificateur. Il y a des liens puissants entre l’évolution d’une situation financière et l’identité de la personne concernée. Par ex, la Français des jeux a mis en place un cellule psy pour les gagnants de grosses sommes et certains des gagnants ont ruiné leur vie à cause de ce gain!

  4. Pingback: Epargne solidaire, un remède à la spéculation ? | Communauté du développement personnel

  5. Intéressant article, mais je ressens une frustration cependant: comment éviter plus facilement ces deux pièges.
    Le besoin d’être rassuré est naturel (Cf Maslow notamment) mais la solution n’est pas dans le stockage d’argent. En tout cas certainement pas monétaire (compte en banque, billets) ni financier (actions, etc.) dont on sait tous que la majeure partie est virtuelle (pas de contrepartie physique).
    Les biens matériels (or, immobilier, mobilier) sont déjà plus stables.
    La création de valeur (qui est d’ailleurs, et avec raison 😀 la règle de contribution ici) elle, est bien plus intéressante, si j’ose dire, et permet également la création d’une valeur largement plus estimable : des liens humains. Le contraire de la conséquence de la radinerie que vous dénoncez fort justement !

    Donner de soi est le plus grand trésor que l’on puisse (se) faire. C’est d’ailleurs quelque chose que vous retrouverez dans le livre le plus lu au monde 😉

    Merci pour cet article, et je tâcherai de rédiger un article complémentaire issu de personnes qui vous surprendront, d’ici quelques semaines. J’ai pour l’instant besoin de me concentrer sur mon retour à l’emploi… Cela devient vital pour ma famille et moi.

    Bonne journée à vous !
    M.

  6. Je crois qu’il est possible de se sentir plus sécurisé avec son argent, car si l’argent n’est pas une fin en soi, c’est un véhicule de liberté qui est important. Comme le disait wallace wattles dans son livre, un homme pour être heureux doit avoir tout ce qu’il faut en terme de richesse pour y parvenir. Donc l’argent n’est pas mauvais, avoir de l’avidité n’est pas mauvais, prendre des précautions par rapport à son argent et à ses dépenses est une bonne chose. L’important est surtout d’avoir une vision abondante des choses et de savoir s’arrêter, apprécier ce que l’on a déjà et toujours croire que la vie va vous apporter ce dont vous avez besoin..

  7. Cet article illustre surtout la peur des gens par rapport à l’argent et en même temps leur sentiment d’avidité qui leurs font croire que seul plus d’argent va régler leurs problèmes. Le constat est que un plus gros salaire équivaut à plus d’impôts, faire des heures sups équivalent à plus d’impôts, investir dans l’immobilier équivaut à plus d’impôts, mettre trop sur de l’assurance vie équivaut aussi à plus d’impôts. onc la question pour régler cette peur du manque et cette avidité qui en découle est de savoir jouer sur le curseur. Plus vous gagner sur vôtre capital et plus vous réduisez sur vôtre travail. Et la deuxième chose à faire est de trouver des moyens de se faire de l’argent qui vous permette de ne pas payer d’impôts ou très peu. Faire des sondages rémunérés, vendre des produits sur internet ou dans des brocantes ou magasins d’achats vente dépôts vente, donner des cours particuliers de la main à la main ou proposer d’autres services, devenir escort boy, profiter des offres de bienvenue des banques, jouer au poker ou sur des paris sportifs, s’associer en famille dans un business et dans la gestion de l’argent etc..

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