Lorsque votre thermostat financier régit votre vie (ou pourquoi vous ne gagnez pas plus)

Michael Ferrari Psychologie de l'argent 20 Commentaires

Philippe-Geffroy-photoPhilippe est coach et auteur du livre « Soigner vos problèmes d’argent » : argent et développement personnel. Chaque semaine, il publie sur Esprit Riche un article parlant d’argent et de ses secrets que nous avons parfois du mal à comprendre. Avec Sylvie et Philippe, nous avons créé le séminaire Créez la vie que vous méritez : une expérience unique pour obtenir ce que vous voulez de la vie. Voici Philippe !

La semaine dernière, j’ai rencontré Jacques et nous avons parlé argent. Il est indépendant et fait entre 15000 et 20000 euros de bénéfice par an, cela depuis environ 15 ans qu’il est installé. C’est peu me direz vous, mais cela a un gros avantage pour Jacques : il n’est pas ou peu imposé. Jacques à une phobie des impôts, que ce soit Nicolas ou François qui les collecte. Cette phobie lui vient de scènes difficiles, vécues dans son enfance, où ses parents se déchiraient à ce sujet. Jacques ne participe pas à la croissance de la Nation (c’est ce que je me dis quand je signe mes chèques au Trésor Public). Mais Jacques s’en fout. Il est d’ailleurs soutenu par son expert comptable qui lui explique qu’ « il faut dépenser ». Alors il change d’ordinateur chaque année : son « seul luxe ».

Jacques vit très modestement, c’est facile pour lui, il est habitué (dit-il). La température de son logement est à 15° et il la monte à 17° quand il a des invités (ça chauffe !). Par chance il a des convecteurs électriques et peut piloter son système au degré près. Il mange essentiellement du riz, des légumes et des fruits. Célibataire, il adore les « petits concerts » gratuits ou à moins de 10 euros.

Son mode de fonctionnement emprunte à la simplicité volontaire : Jacques a des convictions qu’il assume et met en pratique dans sa consommation. Mais il a aussi appris à refouler besoins et désirs s’il faut sortir de l’argent. Avec ses revenus, il a un peu épargné, mais sa situation patrimoniale est plutôt florissante car il a perçu, en plusieurs fois depuis 10 ans, environ 300000 € d’héritage. De quoi mettre du beurre dans les épinards. Mais Jacques préfère les courgettes. Jacques a une « stratégie immobilière » et veut acquérir un local professionnel qu’il pourrait utiliser pour son métier et mettre en location (plutôt intelligent financièrement) et acheter sa résidence principale (à comparer avec son loyer actuel). Mais, m’a il dit, le marché immobilier est en « transition », et les prix vont surement évoluer. Jacques attend donc que « les prix baissent encore plus ». Il suit chaque jour des indicateurs, des annonces sur des sites, mais n’a jamais mis les pieds chez un agent immobilier.

Alors il fait fructifier son pécule. Il a été très mécontent de perdre 3000€ avec un PEA géré par son banquier, sur lequel il avait investi 10000€. En fait l’argent n’est pas perdu, c’est une moins-value, le PEA étant toujours actif (difficilement entendable par Jacques, il a « perdu »). Comme depuis cette déconvenue, il n’a plus confiance en personne, il fait la chasse aux taux promotionnels des livrets accessibles par le Net et en détient dans plus d’une dizaine d’établissements !

Je vous avoue qu’après avoir essayé de donner quelques idées à Jacques, j’ai rapidement renoncé devant la cristallisation de son système de pensée. Jacques possède en fait plus d’argent que son système de croyances est capable de gérer. Son esprit est programmé sur un mode « vie modeste », et tout est modeste dans sa vie : son train de vie, sa réussite professionnelle, sa vie sentimentale. L’argent dont il dispose objectivement n’y fait rien et n’y fera rien s’il ne s’attaque pas au noyau dur de sa vision de lui-même et du monde. Jacques illustre le décalage entre une situation financière objective (tout le monde n’a pas 300 000 € de patrimoine) et le sentiment qui en découle : le sentiment d’abondance n’a rien à voir avec une somme d’argent ou un patrimoine mais avec une confiance en soi et en la vie qui permette de s’engager, de prendre des décisions et d’assumer une inévitable part de risque.

Commentaires 20

  1. Personnellement, je trouve qu’il a plutôt raison sur pas mal de points :o. D’ailleurs, je trouve qu’il me ressemble beaucoup (hormis que je n’ai clairement pas peur des impôts, pour la même raison inversée en fait, mes parents m’ont appris que payer des impôts était une bonne chose, un signe de réussite)
    La grande question à se poser dans tout cela est : Est-il heureux?

  2. Juste une réflexion, concernant l’utilisation du terme de simplicité volontaire.
    Lier ce terme à l’argent me parait un peu risqué.
    La simplicité volontaire est effectivement synonyme de vie plus frugale, mais est également synonyme de faire soi-même.
    En général, pour les simplicitaires, la consommation est différente et non inexistante. Les produits sont choisi avec des critères autres que le prix : par exemple la qualité est préféré à la quantité.
    Cela ne signifie pas du tout qu’il ne dépense pas, c’est même généralement le contraire (la qualité ayant généralement un prix)

    Sinon c’est un bon exemple des limitations que peux avoir un système de pensée.

  3. Bonjour Philippe,

    difficile de faire changer les gens. Tu es bien placé pour le savoir !

    Jacques peut mener sa vie comme il l’entend, mais je serais curieux de connaître ses envies, sa vision de sa vie dans 10 ou 20 ans.

    Lui as-tu posé la question ?

    Julien

  4. Bonjour,

    Je tiens à souligner la conclusion que je trouve très juste :
    « une confiance en soi et en la vie qui permette de s’engager, de prendre des décisions et d’assumer une inévitable part de risque. »
    Je pense que notre rapport à l’argent, donc le fait d’avoir (de l’argent) est très lié à notre être. Notre Etre limite (ou bloque) souvent notre Avoir.

    Ceci dit, j’aimerai bien savoir comment on peut avoir 300000 euros de patrimoine sans être imposé d’aucune façon (taxe habitation, taxe foncière, prélèvements sociaux sur placements, …) ?

  5. Jacques à une phobie des impôts
    => Est-ce vraiment la raison de la limite de son chiffre d’affaire? Ca me semble clairement peu probable, je pense plutôt qu’il est heureux avec ce CA et que le fait d’être peu imposé n’est que la cerise sur le gâteau.

    La température de son logement est à 15°
    => C’est suffisant, même si ça demande l’effort de se couvrir un peu chez soi (je ne le fait pas, mais je sais que je devrais)

    Il mange essentiellement du riz, des légumes et des fruits
    => très sain

    Une stratégie immobilière réfléchie. Il ne claquera pas son héritage dans un bien qui perdra 30% les 5 prochaines années. Il réfléchit et s’informe, il prend son temps pour prendre les bonnes décisions.

    Pour le PEA, il a perde des sous, comme beaucoup de monde ces dernières années (et je rectifie, une moins value, c’est une perte réelle, ya rien de fictif là dedans, faut arrêter avec ces croyances de « pas vendu pas perdu »). Au moins, il a su gérer un risque qui lui correspond, ça reste une perte minime par rapport à son patrimoine mais il a déjà du mal à la digérer, heureusement qu’il n’a pas misé plus !

    Bref, je pense qu’il doit être plutôt heureux, il assume ses choix, il réfléchi avant d’agir et apprend de ces erreurs. N’est-ce pas là le principal ? J’ai l’impression que le site oublie la conception de « esprit-riche » pour se concentrer sur « riche ».
    Ne serait-ce pas vous qui êtes dans l’incapacité de comprendre son mode de vie?

    Tout ça me rappelle l’histoire du pécheur mexicain

  6. Post
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    Je pense qu’il y a d’autres choses (non dites dans l’article) qui soutiennent l’article de Philippe, notamment le fait que Jacques ne vit pas sereinement, en pleine conscience, mais est majoritairement guidé par ses peurs dans ses décisions.
    Par exemple il peut monter à 17°C parce qu’il reçoit des invités mais cela va l’ennuyer ou générer des tensions avec ses invités qui lui font remarquer qu’on se caille chez lui quitte à le conduire à moins recevoir…
    Ainsi il va moins voir ses amis pour des raisons « bêtes » alors qu’il est bien agréable d’être reçu chez quelqu’un et qu’il fasse bon.
    La ligne est fine entre être économe et devenir radin !

    Mais seul Philippe pourra nous éclairer 🙂

  7. Bonjour! des commentaires très variés sur cette chronique, Autant de croyances qui s’expriment, dont les miennes. j’ai gardé des informations confidentielles pour préserver l’anonymat. je peux simplement témoigner que je n’ai pas perçu Jacques très heureux dans et de sa vie. En fait, j’ai la croyance que l’argent est une énergie qui doit circuler,et non stagner, pour etre au service de la vie. ce que je n’ai pas vu chez Jacques. Cela est vrai pour moi, mais ce n’est pas une vérité absolue

  8. Je suis aussi quelqu’un d’économe mais la principale différence entre ma vision et celle de Jacques vient du fait que je fais tout pour avoir des impôts à payer.

    Il est préférable de gagner 1 000 000 € par an et en donner 75 % à l’état plutôt que de gagner 10 000 par an et ne rien donner ou presque au impôts.

    Il faut savoir dépenser pour gagner,je pense aussi que la situation de Jacques vient d’un conditionnement et qu’il sera difficile de le faire changer.

  9. J’aime vraiment vos articles du Vendredi Philippe.

    En même temps, si j’avais hérité 300 000 EUR, pas sûr que j’oserai l’utiliser comme j’utiliserai de l’argent que j’aurai gagné moins même… 🙂

    Avec ma croyance 🙂 l’argent se mérite et son héritage n’est pas mérité, donc il peut rechigner à l’idée de le « dilapider » sur un marché immobilier trop cher ou en prenant quelques risques d’investissement… Cette croyance s’ajoute donc peut-être à celles qu’il a par ailleurs…

    En plus du coaching de Philippe qui ne manquera pas de faire effet j’en suis sûr, il y a un livre qui colle pile pour Jacques : « La magie de voir grand. »

  10. Je n’ai pas ressenti la peur de Jacques dans cet article. Ok, il a qques pensées irrationnelles (les impôts), et le le coup du chauffage… ^^ …. mais bon… personne n’est parfait!

    Résumer son mode de vie « simplicitaire » à une pauvreté sur tous les plans… Rien dans l’article ne fait penser à ça, sauf la conclusion, que je trouve lapidaire.

    Philippe, quelles sont donc les idées que tu as essayé de faire passer à Jacques?
    (tu en as sûrement parlé dans de précédents articles, mais une piqure de rappel ne fait pas de mal! 😉 )

  11. Très bel article !

    Je viens d’un milieu plus que modeste et mon éducation scolaire fait aussi que pendant longtemps, je ne me suis pas non plus souciée de gérer mon argent… bon ok je n’en avais pas : financement de mes études par emprunt, ça n’aide pas beaucoup !
    Depuis, je m’éduque et me découvre un tempérament d’entrepreneuse… mais il faut avouer qu’on n’est pas beaucoup aidé en France

    Merci encore

  12. Article intéressant, et je rejoins certains commentaires ci-dessus.

    Jacques a sa façon de vivre. Il suit certe des raisonnements et des règles qui lui sont propres, mais il ne semble pas en souffrir. Il a une approche différente, avec un cade théorique qui lui est propre.

    Si ça marche dans sa vision du monde, pourquoi pas ? Après tout, on est tous différent, avec nos propres vécus.

    Peut être changera-t-il d’avis plus tard. En tout cas, il part sur de bonnes bases financières, si on peut dire ça comme ça. Souhaitons-lui bonne chance. Après tout, l’essentiel, c’est que ça marche comme on le souhaite, non ?

    Vincent

  13. Il est dit dans l’article que Jacques gagne entre 15000 et 20000 euros par ans , bon ok c’est pas beaucoup mais il serai interessant de savoir combien d’heures par semaine il travail , s’il prefere avoir du temps libre c’est un choix . Et si en plus il ne paie pas d’impot c’est la cerise sur le gateau .

  14. Bonsoir,

    D’une part la simplicité est une philosophie et un mode de vie et pas uniquement une question économique ou financière. Cet aspect passe souvent chez les adeptes de cette philosophie en second plan. Pourquoi consommer plus quand on a ce qu’il faut pour combler nos envies et nos besoins.
    Cela dit la façon dont le texte présente les choses « Mais il a aussi appris à refouler besoins et désirs s’il faut sortir de l’argent. » peut laisser penser que ça tourne chez Jacques à la radinerie.

    La question de prendre conscience de son patrimoine élevé vient surement que la majeure partie des 300000€ vient d’héritages et donc qu’il ne s’agit pas d’argent gagné par Jacques lui-même par son travail. Cette notion prend d’ailleurs de l’importance vu que nous sommes avec le cas d’un chef d’entreprise.
    Mentalement il a peut être tendance à se focaliser sur ce qu’il a gagné par ses efforts, son travail et ses choix plus que ce qui lui est « tombé dessus » par les héritages.

    La finance personnelle est comme son nom l’indique liée à l’individu et donc différente à chaque personne selon ses choix, son mode de vie, son vécu, sa personnalité, …

    Jacques n’aime pas payer d’impôts c’est un point de vue, mais attention à ne pas se faire avoir pas des placements qui font payer moins d’impôts et qui peuvent se révéler une arnaque.

    Bonne soirée

  15. Jacques est partisan du peu dans sa vie personnelle et professionnelle. Il travaille pour satisfaire ses besoins fondamentaux. Ce n’est pas dans la dépense financière qu’il s’accomplit mais plutôt dans un choix de vie modeste et assumé qu’il met en pratique par une alimentation frugale qui s’apparente à une alimentation de crudivore frugivore. C’est toute une philosophie de vie ! C’est dans ce contentement intérieur qu’il trouve probablement son rayonnement. Le principal dans une vie, c’est de trouver son chemin aussi singulier soit-il, de ne pas passer à côté de ce qui nous est essentiel.

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