L’anorexique financier

Michael Ferrari Améliorer sa vie 6 Commentaires

Philippe est coach et auteur du livre « Soigner vos problèmes d’argent » dans le domaine de l’argent et du développement personnel. Chaque semaine, il publie sur Esprit Riche un article parlant d’argent et de ses secrets que nous avons parfois du mal à comprendre. Voici Philippe !

 

L’anorexie est une perte de l’appétit et l’anorexie mentale une lutte contre la faim et un rejet de l’alimentation. On peut transposer ces notions en matière financière : un anorexique financier à des difficultés ou refuse de gagner ou avoir de l’argent. Parmi les symptômes : l’impossibilité à se faire payer correctement, à négocier un salaire, à trouver un emploi (salarié) ou des clients (indépendant), à se promouvoir, alors qu’il existe des compétences, des qualités, une expérience que d’autres valorisent aisément. Cela se traduit par un niveau de vie assez faible mal vécu ou revendiqué, un renoncement à certains projets faute d’argent, un sentiment de manque, voire de honte.

Je distingue 2 types différents : ceux qui le sont par choix et ceux qui le subissent.

Adeptes et parfois apôtres d’une forme de « pauvreté financière », ces personnes s’appuient sur une vision du monde, des valeurs personnelles fortes et un choix conscient et assumé. Embrasser une voie religieuse conduit à un renoncement aux choses matérielles pour mieux accéder à Dieu. Refuser les démons de la société de consommation amène à vivre en autarcie hors du « système » (tout en profitant parfois d’allocations!). Se réaliser en tant que bénévole et laisser en friche les autres pans de sa vie. Il y a à la base une vision négative de l’argent et des riches. C’est une posture tout à fait respectable lorsqu’elle est assumée. Parfois, ces personnes vous donnent des leçons d’humanité ou de probité : « l’argent pourrit tout, sauf moi ! ». Pour simplifier, ces personnes peuvent avoir des problèmes d’argent, mais elles savent pourquoi : elles n’en veulent pas ! Ce qui n’est pas la cas de la deuxième catégorie.

Paola fabrique des bijoux artisanaux depuis une dizaine d’année. Elle les commercialisait dans des salons puis maintenant dans une boutique. A 35 ans passés, elle constate que son niveau de vie est insuffisant par rapport à ses besoins. Elle n’arrive pas à valoriser ses compétences. Elle veut garder sa spécificité d’artisan, mais constate que le marché est envahi par des bijoux à bas prix fabriqués en Asie. Ce n’est pas son créneau. Après quelques questions, elle reconnait (difficilement) que ses créations sont plutôt « haut de gamme » pour des bijoux artisanaux. Pourquoi n’est-elle pas en contact avec ce marché ? Ses bijoux les plus chers s’affichent à 80 €, ce qui couvre les couts en matériaux, mais rémunère son travail à quelques euros de l’heure à peine. Pourtant elle ne veut pas vendre à une clientèle qui pourrait payer car c’est contraire à ses valeurs (pourquoi ceux qui sont déjà bien nantis bénéficieraient de ses bijoux et pas les autres ?). La perspective rationnelle d’augmenter ses prix et de cibler la clientèle adaptée (celle qui a une demande solvable) la place dans une émotion forte et un refus : elle se compromettrait.

Cet exemple est caractéristique de l’anorexie financière subie. Paola est coincée par ses représentations. Rester fidèle à ses croyances en produisant cette gamme de bijoux la condamne inexorablement à végéter professionnellement et financièrement. Bien que fière et heureuse de ses créations, elle reste bloquée. C’est une loyauté familiale et ou de classe sociale qui agit en sous marin pour torpiller sa réussite. C’est extrêmement vicieux :  elle fait des efforts importants pour se remettre en question, créer de nouveaux objets, revoir sa commercialisation (partie émergée de l’iceberg), mais toute cette énergie est sabotée par ce qui se passe de manière non consciente (partie immergée) et elle n’obtient pas de résultat. Comment peut elle sortir de ce cycle : soit en faisant évoluer ses croyances, soit en produisant des bijoux à moindre coût, donc meilleur marché,  adaptés à la clientèle qui lui convient. Mais alors elle se sentira dévalorisée dans son travail ! La boucle est bouclée.

On peut trouver aussi chez ces personnes un déficit d’estime de soi. C’est comme si elles n’étaient pas dignes, ne méritaient pas de recevoir (de l’argent) en échange de ce qu’elles peuvent donner (leur travail, leurs compétences, leurs créations). Manquer d’argent vient confirmer et entretenir le bien fondé de cette mauvaise estime. Néanmoins il y a (toujours) des bénéfices (dits : secondaires) : attirer l’attention, se faire plaindre, se poser en victime, ne pas prendre de risque, rester en retrait. Pourtant, comme l’a écrit Nelson Mandela, « rester petit n’a jamais rendu service au monde ».

Sortir de l’anorexie financière implique de mettre à plat l’impact de ses croyances et représentations sur l’argent, d’identifier d’où elles viennent et d’oser une chemin personnel différent de celui qui a été tracé par le passé. C’est un processus d’autonomisation qui comporte des renoncements forts, et des changements dans sa manière d’être et de faire avec l’argent.

Note :

J’ai le plaisir de vous annoncer la sortie, aux Editions ESF, du « Cahier d’exercices pour communiquer en toute sérénité », co-écrit avec mon épouse Sylvie Ferrieu-Geffroy. Un cahier ludique et pragmatique qui présente des outils issus de l’intelligence émotionnelle et de l’affirmation de soi appliqués aux domaines du couple, de la famille, du travail.

Commentaires 6

  1. Effectivement, je suis bien de ton avis, et plus je me développe et plus il apparait évident que la clé du succès est dans la tête.
    C’est l’état d’esprit qui servira de base au développement de sa richesse (financière, professionnelle, personnelle…).
    Se voir déjà victorieux, développer des idées tous les jours, rencontrer des personnes à succès, préparer ses business plan…

    En tout cas Bravo pour on site, qui a contribué à m’ouvrir les yeux sur beaucoup de choses depuis pas mal de temps maintenant.

    Continue comme ça.

  2. Je me reconnais parfaitement dans cette anorexie financière qui a longtemps été subie et paradoxalement recherchée par moi. Je trouve votre analyse juste.
    Je travaille comme je peux à corriger cela. J’ai commencé par l’épargne pour un peu me sécuriser.
    J’avais avant tout peur de manquer.
    Maintenant, je cherche à aller de l’avant.

  3. Je rajoute une chose par rapport à l’anorexie financière.
    J’avais et j’ai encore du mal à me projeter dans une situation financière aisée (j’ai du mal à dire » riche », milieu social oblige).
    Pour résumer j’ai très envi et très peur d’avoir, de posséder (d’être riche).

  4. Mon dieu, je viens de lire ma vie. C’est fou, car j’ai les compétence, et je suis très bon dans mon métier, mais j’ai de la misère à me faire payer, comme si mon travail n’était pas à la hauteur.

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