Adieu l’industrie du disque

Michael Ferrari Esprit riche 6 Commentaires

Dó com 6-5Image via Wikipedia

Au revoir les majors.

Merci d’avoir « débusqué les artistes » et « diffusé la culture ».

Non mais franchement, qui croit à ce genre de débilités ? Celui qui a écrit le slogan peut être ?

Ces dernières années nous avons assisté à de surprenantes décisions dans l’industrie de la musique. Vous avez surement suivi les évènements de prêt ou de loin.

En résumé : une industrie découvre avec horreur le numérique. Que fait-elle ?

Menace et poursuite en justice des clients. Lobbying pour faire voter des lois anti-téléchargement.

Comment est-il possible de croire que la loi ou la justice peut arrêter ça ?

Ce qui est surprenant dans cette histoire c’est l’acharnement à défendre une situation donnée : son existence ne signifie pas qu’elle est normale.

Ce n’est pas parce que le système de fabrication de la musique a fonctionné d’une certaine façon qu’il en sera toujours ainsi.

Je ne parle pas du droit d’auteur (je ne parle pas de ce que je ne connais pas!) qui est très utile et légitime mais le fait est qu’il est inapplicable dans cette situation.

D’un point de vue business, le comportement des Majors est assez incompréhensible. Pourquoi s’accrocher à ce rocher ? Les performances passées préjugeraient elles des performances futures ?

Est-ce que parce que pendant des années l’argent a coulé à flot pour les Majors ça devrait forcément continuer ?

Unités vendues en millions CA H.T. en millions d’euros (1)
2001 165,8 1 246,6
2002 171,3 1 301,8
2003 151,5 1 112,1
2004 136,1 953,4
2005 131,6 935,2
2006 96,6 819,2

http://www.insee.fr/fr/ffc/chifcle_fiche.asp?tab_id=522

Le chiffre d’affaire fond comme neige au soleil. Il atteindra certainement un palier minimum mais plus rien ne sera comme avant.

Il y a une leçon que je trouve intéressante : quelque soit la taille d’un système, sa manière d’appréhender le changement est capital pour sa survie.

Ce qui est applicable à une industrie l’est aussi à vous, personne faisant partie d’un système. Rien n’est acquis et le changement doit toujours être anticipé. Il s’agit d’être prêt à évoluer lentement avant le changement plutôt que d’être obligé de faire les choses lorsque cela devient un impératif.

Plus concrètement, il est toujours mieux de voir comment profiter d’un changement et comment se positionner au lieu de se braquer et de l’ignorer : un nouveau logiciel est mis en place dans votre entreprise ? Soit vous l’accepter et vous voulez devenir un utilisateur clé soit il est préférable de partir. Restez en faisant de la resistance passive est n’est pas une bonne solution. Essayer d’empêcher les choses de se faire est la pire des solutions.

C’est ce qu’on fait les majors pour l’instant.

Comment réagissez-vous face aux changements ?

Commentaires 6

  1. Oui c’est vrai ce que tu dis. Ça me rappelle une récente conversation concernant la main d’oeuvre anglophone en Inde. Où est le rapport me direz-vous ? En fait, j’expliquais à mon mari en quoi la mondialisation du marché du travail portait préjudice aux travailleurs des pays occidentaux (je pensais surtout à ceux qui sont à leur compte d’ailleurs), et ce pour toutes les raisons que l’on connaît déjà. Mais mon mari trouvait en revanche qu’on ne pouvait pas brandir des raisons éthiques ou morales contre ce phénomène, que la situation avait changé et que l’on n’allait pas revenir en arrière de toute façon, et que c’était donc aux travailleurs occidentaux de s’adapter (en sous-traitant eux-mêmes en Inde par exemple) au lieu de s’insurger contre cette main d’oeuvre aux prix très attractifs qui détourne leurs clients.

  2. Salut Michael,

    Je suis d’accord avec ton propos et celui de Gail qu’il faut accepter le changement.

    L’anticiper par contre n’est pas toujours possible car nous avons des œillères mentales qui rendent les variables du problème invisibles a notre perception limitée et aussi car nous sommes casaniers de par notre nature.

    Pourtant nous sommes capables de nous adapter face au changement, profitons de cette force / capacité plutôt que de faire le dos rond en croyant que cela va passer.

    Le changement ne passe pas, le changement reste.

    Vive Schumpeter et la destruction creatrice et Thomas Friedman,/a>.

  3. J’ajouterais que j’ai l’impression qu’on nous prend un peu pour des idiots (d’ailleurs c’est pas nouveau vu ce que les majors essayent de nous vendre):

    -déjà c’est pas facile de trouver des chiffres de ventes réels à savoir des cd mais aussi en numérique (même si ce dernier n’augmente pas énormément… faut voir la qualité médiocre des plateformes aussi)

    -ensuite je me demande bien comment les chiffres de pertes dues au piratage sont calculées… c’est totalement inquantifiable

    -on fait également passer le consommateur pour le méchant de l’affaire .. ex cette pub ou on compare le téléchargement avec des vols à la tire… télécharger ce n’est pas non plus s’introduire chez les majors et voler les masters… ils ne sont pas privés pas de leur bien non plus

    -ensuite j’avais vu une fois l’évolution des ventes d’albums sur une échelle plus grande… et bien celle-ci augmentait en flèche et redescendait. L’augmentation commençant évidement avec l’avènement du cd (les gens rangeaient leurs vinyles et rachetaient des cd), jusqu’à atteindre un pic et redescendre aussi sec pour atteindre plus ou moins le niveau stable d’avant… finalement j’ai l’impression qu’on tend simplement vers une consommation normale et les majors qui ont du sécher les cours d’histoire les jours où on parlait des apogées et déclins systématiques ont du croire qu’ils auraient pignon sur rue advitam eternam et voudraient nous faire pleurer sur leur sort… il est effectivement temps de revoir le modèle, à mon avis les majors n’ont plus lieu d’être, revenir vers de multiples indépendants… qui râlent moins (d’ailleurs dans ce cas c’est les riches qui râlent le plus fort… comme quoi les riches n’ont pas toujours l’esprit riche 😉 )

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    Disons que si des chiffres sont à prendre en compte ce sont ceux de personnes n’ayant pas intérêt à les modifier (règle de base souvent oubliée!). C’est pour ça que j’ai utilisé ceux de l’INSEE qui possède une certaine crédibilité.
    C’est exactement même débat que les chiffres de l’immobilier où c’est le syndicat des agents immobiliers qui publient les chiffres.

  5. Oui tout à fait j’ai bien remarqué que les chiffres sont ceux de l’INSEE mais même là, ce ne sont que les chiffres des ventes de disques, ma question est donc est-ce que les téléchargements sur des plateformes légales sont pris en compte dans ces chiffres.
    J’avais remarqué à une époque que ces sociétés sont divisées en une multitude d’entités distinctes (bidule, bidule music, bidule music mobile, bidule music on-line…), même si les chiffres d’affaire des exercices précédents sont consultables facilement en ligne, c’est pas évident d’avoir le CA total et encore moins celui spécifique de l’activité musicale.

  6. Post
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    Tout à fait !

    J’ai trouvé un site très complet mais qui est le syndicat National de l’édition Phonographique (SNEP).

    Le premier trimestre 2008 (par rapport au 1er trimestre 2007) donne :
    Le marché de gros de la musique enregistrée : 141.8 millions d’euros (-17.8%)

    dont :

    ventes de supports : 124.1 millions d’euros (-23.2%)
    (ventes gros HT nettes de remises)

    ventes numériques : 17.7 millions d’euros ( 61%)
    (téléchargement Internet, téléphonie mobile,streaming)

    – téléchargement Internet : 6.9 M d’€ ( 56%)

    – téléphonie mobile : 9.9 M d’€ ( 64%)

    – streaming (dont offres illimitées) : 0.6 M d’€ ( 22%)

    – autres (abonnements) : 0.3 M d’€ (x par 9)

    http://www.disqueenfrance.com/actu/ventes/vente2007_06_07.asp

    En gros les autres supports progressent beaucoup (téléphonie mobile en tête) mais ça reste une faible part comparativement aux revenus des ventes physiques.

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