Fun employment, un phénomène ?

Michael Ferrari Faire des économies 24 Commentaires

J’ai regardé le reportage d’envoyé spécial sur le phénomène baptisé par les médias de « fun employment » et je suis choqué !

Le sujet parle de ces gens qui prennent du bon temps durant leur chômage et qui cherchent à ne plus se sentir coupable. Le refus du travail est présenté comme la raison principale mais lorsqu’on découvre l’histoire des intervenants, on se rend surtout compte que la plupart d’entre eux se sont faire virer à cause de la crise et cherchent à composer avec le présent et à rebondir.

Comme toujours, la présentation des faits est intéressante et en dit long sur la volonté éditoriale.

Au menu, nous avions un peu de tout. Du jeune qui cherche son chemin à l’ex-cadre qui claque tout pour partir vivre dans les bois. Grâce à un subtil mélange, nous avions un résultat plutôt confus qui essaie de présenter une nouvelle tendance autour du refus du travail subi.

Si l’idée de montrer que chacun peut changer de vie (un sujet à la mode pour vendre) est intéressante, le reportage confondait tout. Non content de vouloir faire miroiter au pékin moyen qu’il est possible de vivre avec 300 € par mois, le reportage présente surtout des gens qui ne chôment pas.

Ils survivent en appliquant le système D. La frugalité est louable mais elle est présentée ici comme une fin soi alors qu’il s’agit en fait d’une conséquence de leur condition. L’une des protagoniste explique qu’un morceau de viande à 7 € est un luxe qu’elle ne peut se permettre. L’autre, bloggeuse professionnelle mais chômeuse officielle, donne ses articles au journal Marianne (du bénévolat en quelque sorte). Un dernier, peut-être le plus réaliste, quitte la ville pour s’établir à la campagne en construisant sa propre maison dans les bois et couple cela à l’ouverture d’un salon de massage.

Hormis la plus âgée qui n’a aucun espoir de retravailler et qui milite pour un revenu universel (que les cons qui travaillent financeraient bien sûr, c’est beau l’utopie), les autres sont en fait simplement en train de chercher leur voie en mêlant de la débrouille, du black et du freelance.

On apprend à la fin du reportage que la plupart des intervenants a retrouvé un poste fixe. L’une d’elle devient enseignant-chercheur après avoir pratiqué ce qui est présenté comme des petits boulots : coach, traduction, communication… (les professionnels des métiers respectifs apprécieront) mais qui avait eu l’honnêteté de refuser l’argent de l’état.

Pour moi, il y a à la fois du syndrome génération Y : ceux qui ne croient plus en l’entreprise pour se réaliser mais il y a aussi du jeune qui galère.

La France n’aime pas ses entrepreneurs, elle trouve encore que l’argent est tabou et qu’il vaut mieux ne pas en gagner. Elle pense qu’être freelance, c’est être un chômeur qui a du « fun » car en fait, ces personnes sont pour moi des entrepreneurs ou des freelances en herbe, pas des chômeurs qui s’amusent. Le drame, c’est de faire croire au téléspectateur que s’il s’emmerde au boulot, c’est qu’il a un VRAI travail. Voici donc un nouveau buzzword, fun employment, qui ne désigne rien mais qui illustre à nouveau l’attachement au sacro-saint CDI.

Ce qui n’a pas été compris, c’est que c’est un non-phénomène. Il s’agit surtout de personnes qui cherchent à s’en sortir et qui communiquent entre elles grâce aux réseaux sociaux.

Commentaires 24

  1. Cet article montre qu’une perception d’un phénomène change d’une personne à l’autre. Moi j’aurais pu voir la situation comme un réel choix de vie suite à un choc.
    Après je suis d’accord que le système D reste un moyen et pas une fin en soi.
    Comme tu le dis, c’est dommage que les entrepreneurs soient mal perçus en France encore. Ici au Québec c’est différent, le système éducatif évolue de sorte à développer « l’entrepreneurship ». La France devrait en prendre bon exemple je pense.

  2. Je n’ai pas vu cela non plus. Du moins j’ai vu certaines choses comme vous mais c’est mineur. J’ai surtout vu des gens en quêtes de sens. Que la quête d’un emploi n’est pas une fin en soit. Qu’avoir un emploi n’est pas une fin. Etre sans emploi quelle honte. Voilà ce qu’ils croyaient. Le chômage structurel a fait de l’emploi un Graal. A contre courant certains se mettent en danger et refusent cet état de fait et partent en quête de sens dans le travail. Ils ne critique pas le travail mais ce qu’on en a fait. Une activité alimentaire. Ne critiquez donc pas leur quête de sens. Le funemployment c’est surtout une façon de dédramatiser le chômage. Cette tare n’en est pas une pour certains. Elle permet de se ressourcer professionnellement.

  3. La France est un très beau pays gérer par des incapables mais nous sommes tous responsable.
    Car nous voulons tout avoir sans rien faire, et surtout que ce soit l’autre qui paie, ceci ce retrouve à tous les échelons de la société.
    Mes enfants ont quitté ce beau pays pour vivre ailleurs ou la démocratie est certainement, plus prise au sérieux bien que l’herbe ne soit pas plus verte d’ailleurs.
    J’ai eu l’occasion de travailler dans un autre pays européen qui est certainement plus démocratique et responsable de son administration qu’ici, la différence est bien différente.
    Mais le français est un veau comme disait De Gaulle…

  4. Hehe, j’applique desormais a la lettre la « information diet » a ce sujet. Tous les reportages sur les chomeurs, les chomeurs qui s’en « sortent » en trouvant un boulot minable, les chomeurs qui ont envoye 1800 CV en 3 ans (ca devait etre super ciblé dis-donc) les chomeurs culpabilisés de « vivre des allocs » etc. Que ce soit des individus malheureux et maladroits ou des individus qui se bougent pour s’en sortir « autrement », la ligne editoriale, comme tu dis, est toujours faussee : on se moque, on montre du doigt, on culpabilise.

    France 2 aussi a fait un court reportage la-dessus. Ca m’avait fait sortir de mes gonds !

    Du coup, je prefere eteindre et me replonger dans E-Myth, 4HWW ou juste bosser mon projet…

    Arrete de te faire du mauvais sang Michael. 😀

  5. C’est malheureux, mais ça ne m’étonne pas.

    96% des journalistes sont de tendance socialiste ou marxiste, et par conséquent, ne comprennent strictement rien à l’économie.

    C’est caricatural, peut-être à outrance, mais malheureusement vrai.

    Rappelons que nous avons de bons économistes en France. Oui, mais ces bons économistes sont inconnus du public français (car les médias ne les aiment pas, et leurs rares apparitions sont caricaturés à l’extrême en tant que « néo-ultra-libéraux vendus au capitalisme mondialisé »), alors qu’ils sont de véritables stars aux Etats Unis (Pascal Salin, Philipe Simonnot, Henri Lepage, pour n’en citer que trois).

  6. Ce reportage m’a mis mal à l’aise. Au delà des bidonnages journalistiques, cela attaque mon sens de la responsabilité. D’un coté je trouve ces gens futés de tirer profit d’un système d’assistance qui finira par imploser de lui même, de l’autre je vois des profiteurs opportunistes , et franchement, je n’aime pas!
    Toujours est il que cela confirme la défiance par rapport au salariat (plus qu’au travail) et le besoin de créer un autre mode de vie que métro boulot dodo! Et là je dis oui!

  7. Cela ne m’étonne pas que cela t’es choqué:-)

    Moi, pas du tout, j’ai trouvé ce reportage intéressant et même agréable. Je trouve cela positif que des gens au chômage ne culpabilise pas ou se retrouve mal.
    Cela peut en effet être un moment très agréable.

    Ton dernier paragraphe sur l’argent tabou (un leitmotive chez toi:-), bof, j’ai pas pensé à cela en voyant le reportage. Où est le problème si pour certains ce n’est pas une obsession?

    Par contre, je suis d’accord, ce n’est pas un phénomène vu que c’est qu’une minorité;

    1. Moi n’ont plus je n’ai pas été choqué puisque ce genre de reportage présente l’envers du décor des non-salarié professionnel. Oui il s’agit d’une quete de sens certain la trouve dans l’argent. Sinon ca n’a rien d’une minorité (voire Bonjour Paresse) même si cela dérange certain de ne pas être si unique et subversif qu’il le voudrait mais les 4HWW et autres copie francophone existe depuis les 70s et la sursocialisation des pays industrialisé.
      En 2003, j’ai rencontré un doctorant d’Harvard a l’armée du salut de Madras et ainsi de suite….

      Je pense que ce genre de comportement serait inimaginable par des chinois ou des haitiens….

  8. Pour reprendre un point que vous citez : « le reportage confondait tout », c’était également le cas pour le reportage concernant les abus des propriétaires dans le cadre de la location de logement.

    Ce reportage a également été diffusé sur la même chaine hier soir et je trouve dommage que la « responsable » qui s’est chargée de travailler sur le documentaire, n’ait pas été capable de différencier clairement la location meublée de la location vide. Des lois différentes s’appliquent en fonction de la situation et le reportage n’a pas été assez clair sur ce point.

    Pour en revenir au sujet de votre article et le fait que les personnes restent au chômage au lieu de travailler, je dirai qu’en France, avec le système instauré, on encourage ces personnes à ne pas travailler. Pourquoi voulez-vous qu’elles se cassent la tête à se lever tous les jours et avoir plein de contraintes (travail, patron etc…) alors qu’elles pourraient s’amuser et avoir presque autant d’argent ?!

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  9. Salut Michael,

    Je ne comprends pas ta position sur le revenu minimum. As tu fait quelques recherches sur le sujet ? Le revenu minimum est directement lié a une réforme de la fiscalité, remplaçant l’impôt sur le travail par un impôt sur la consommation plus important (la TVA). Une des grandes conséquences de ce revenu minimum, c’est que beaucoup de personnes n’auraient plus peur de se lancer dans des projets professionnels qui leur tiennent à coeur. Et ainsi le chiffre d’affaire de ce blog décuplerait !

  10. Je ne connais pas ce reportage, car comme Géraldine je suis fan de l’information diet : j’ai revendu ma télé que je ne regardais pas et je vous suggère d’en faire autant si vous voulez réellement poursuivre vos objectifs ! 😉

    Pour en revenir à ce qui est cité ici, j’imagine que le sujet sort parce que je pense que, contrairement à ce qu’affirme certains, l’immense majorité des chômeurs sont complètement dans le moule social et se sente inutiles et dégradés ; et ce d’autant plus qu’ils sont âgés. Le décalage du coup est audimatogène pour le journaliste. En prime, s’il donne l’impression de débusquer des « profiteurs » (ou s’il le fait vraiment), l’effet polémique est encore plus important.

    Pour avoir vu l’état de culpabilité de plusieurs chômeurs de plus de 50 ans, savoir que des gens découple leur valeur personnelle de leur valeur productive socialement me semble plutôt une bonne chose, comme le dit Fabrice. Le rôle social issu de l’emploi est réducteur, et le travail salarié, comme nous le savons tous ici (j’irais même jusqu’au travail tout court), n’est pas une fin en soi, comme ça a été dit.

    Un dernier détail : je suis dans la même mouvance que vous tous ici concernant l’immobilier, la finance et l’entrepreneuriat, mais j’ai l’impression que vous ne réalisez pas que l’ensemble de la population ne peut pas être constitué d’auto-entrepreneurs, sauf à retourner à une organisation paléolithique avec des villages contenant un boulanger, un boucher, un empailleur de chaise… L’essentiel des activités économiques modernes finissent par nécessiter des structures plus grosses, avec de fait des employés. Il est malaisé d’envoyer soi-même son propre satellite de télécom avec sa fusée maison pour faire fonctionner son téléphone home-made alimenté par sa centrale nucléaire de fortune.

    Donc même si ce n’es pas notre truc, 90 % des gens resteront employés dans des structures. Et leurs patrons seront des entrepreneurs (si on accepte aussi dans cette définition les énarques dirigeant les entreprises du CAC 40, ce qui peut être discutable.) Nous, peut-être ? 😉

    1. @Matt:
      Alors la ca m’en bouche un coin 100% d’accord.
      Enfin une réflexion avec une argumentation pertinente et drôle, presque du journalisme a l’ancienne.

      1. Il est très rare de croiser des gens capable de revenir sur leur jugement, j’apprécie donc d’autant plus le compliment. 🙂

        Ça doit venir du fait qu’on a tout les deux trouvé de bonnes choses dans « Bonjour, Paresse », à l’époque… 😉

    2. Rien à ajouter! C’est exactement ca!

      Après le reportage, je suis allé voir ma curiosité sur Google les réactions sur les forums de France2 et autres. Comme je m’y attendais, la grande majorité des gens étaient choquées.

  11. Vive le funemployment ,ex professionnelle libérale pendant 20 ants et à l’age de54 ans j’ai travaillé jusquà 70 heures par semaine ,pour raison de santé j’ai eu beaucoup de mal à lacher mon activité , je suis redevenue salariée pour un certain temps :assez difficile, j’ai décidé de travailler à mi-temps pour profiter de la vie, j’ai vu mes parents décédés jeunes retraités après une vie de labeur

  12. Attention ne pas confondre le revenu citoyen avec un rmi ou autre allocation classsique. Je vous invite a lire les documents disponibles en ligne du pr van parihs, vous devriez être surpris …

  13. Le problème est que l’on glorifie tant la valeur travail que cela en devient presque pitoyable alors qu’il y a encore 50 ans beaucoup de nos grands parents vivaient de l’élevage et de l’agriculture. Aujourd’hui tout le monde veut travailler et surtout beaucoup uniquement pour de l’argent, sans savoir si ce qu’ils font correspond à leurs qualités profondes car effectivement ils voient le chômage comme une tare…Sans se rendre compte que derrière cela ils alimentent les caisses de l’état par leurs cotisations et la dettes publique par le système d’assistance. Qui sont les coupables, ceux qui bossent soit disant pour les autres ou ceux qui ont compris vers quel système keynésien développé à outrance l’on se dirige? Il est tout aussi erroné de glorifier le travail à outrance que celui de l’assistance.. Car vivre et toucher le rsa toute sa vie ne doit pas être très épanouissant. Car le vrai problème vient de la vision de beaucoup de gens, qui ne regardent pas les choses avec abondance mais avec pénurie. Ils acceptent le premier boulot qu’ils trouvent car ils ont une vision de manque, ils ne réalisent pas leurs potentiels car ils ont une vision de manque, ils préfèrent rester au chômage car ils ont une vision de manque, ils critiquent le gouvernement et le chômage et les chômeurs car ils ont une vision de manque, ils critiquent les étrangers qui soit disant piquent leur travail car ils ont une vision de manque…Donc vivre des assedics peut être un bon moyen de savoir retrouver un sens à qui l’on est plutôt que de simplement suivre le troupeau et de se plaindre des gens qui ne le font pas..

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