Vivez-vous en étant constamment interrompu ?

Michael Ferrari Développement personnel, Devenez plus efficace 16 Commentaires

Philippe est coach et auteur du livre « Soigner vos problèmes d’argent » dans le domaine de l’argent et du développement personnel. Chaque semaine, il publie sur Esprit Riche un article parlant d’argent et de ses secrets que nous avons parfois du mal à comprendre. Voici Philippe !

J’entends souvent parler, et je ressens moi-même, une sorte d’accélération du temps. C’est une expérience couramment partagée lorsqu’on avance en âge et que se rapproche « l’heure ultime »: il n’est de voir que ces retraités surbookés par un emploi de « rattrapage » de tout ce qui n’a pas été vécu. Une autre illustration est que les questions existentielles ne passionnent pas, d’une manière générale, les plus jeunes : ils ont le temps ! (c’est d’ailleurs aussi une erreur qu’ils commettent en retardant le temps de s’occuper de leur indépendance financière !).

Les nouvelles technologies fragmentent le temps

Mais cette accélération me semble aussi être la conséquence d’une fragmentation du temps, conséquence de la généralisation des outils issus des nouvelles technologies. Deux prophètes de bonheur ont fait irruption dans nos vies: ils portent pour nom Instantanéité et Ubiquité : tout de suite et partout. Ils nous confèrent un sentiment de puissance (de toute-puissance ?) en décuplant notre capacité à interagir en tout temps, en tout lieu et potentiellement avec le monde entier (connecté !).

Scène de la vie ordinaire

Il est 20h, vous êtes confortablement installé à une terrasse ensoleillée avec votre chérie et vous répondez au mail de votre boss tout en chattant avec votre vieux pote Rudy. Les infos auxquelles vous êtes abonné vous arrivent en continu. Un petit son caractéristique vous fait saliver (non, excusez-moi, je confonds avec le chien de Pavlov !), attire votre attention : ce client si important veut clarifier une clause du contrat que vous lui avez transmis il y a 5 minutes. Bien sur, ça ne peut pas attendre. Votre chérie s’emmerde et commence à se dire que vous accordez plus d’importance à tous ces interlocuteurs qu’à elle même. Mais par chance, avant que cette pensée ne prenne totalement forme, elle reçoit un texto de sa copine Jessica qui lui demande «t ou? » et l’informe que c’est trop cool d’aller au ciné avec Cédric (mais qui c’est Cédric ?). Un dialogue à distance « passe temps » s’engage avec Jessica (mais comme votre copine souffre d’un « I phone elbow », cela ralentit sa vitesse de frappe). Vous observez votre copine : génial, elle est occupée, vous pouvez reprendre la conversation avec Rudy.

Ce qui est constant, ce sont les interruptions !

J’exagère? Pas sur ! D’innombrables mini cycles s’engagent et sont interrompus par d’autres entrées. Un mode de fonctionnement LIFO (Last In, First Out) se met en place, avec pour conséquence une accumulation de tâches non accomplies complètement. Le cerveau est hyper sollicité : il doit passer instantanément d’un sujet à un autre, traiter un nombre d’informations de plus en plus important et en faire le tri, et surtout faire face à des dizaines d’interruptions dans la focalisation de l’attention. On retrouve ce phénomène au travail bien sûr, mais il s’étend de plus en plus dans la vie privée car, si on ne décide pas de se déconnecter (et cela peut générer des émotions désagréables), cela peut fonctionner H 24.

Les psychologues ont depuis longtemps (1927 !) identifié « l’effet Zeigarnik » : tendance à mieux mémoriser une tâche et ses aspects lorsque celle-ci n’a pas pu être terminée. Autrement dit, les tâches non achevées restent présentes, et encombrent la mémoire. Chacun en a fait l’expérience : on peut ruminer sévèrement, y compris sur des problèmes pas vraiment fondamentaux, lorsque les choses ne sont pas bouclées. Fonctionner en mode interruption permanente (FIFO) amplifie ce phénomène et c’est l’un des facteurs à l’œuvre dans la production du stress négatif. Le phénomène est amplifié par la profusion de sollicitations auditives et visuelles autour de nous.

Qui est le pilote dans votre avion ?

Le stress négatif intervient lorsqu’on a le sentiment de ne plus pouvoir faire face aux exigences de notre environnement, et d’être au final dépassé, tant par ses exigences objectives (objectifs professionnels, pas exemple) et que subjectives (perfectionnisme par exemple), qui viennent inutilement se rajouter. On ne finit rien, tout est en chantier, notre cerveau n’a plus de repos, nous sommes présents physiquement mais absents mentalement et agités. En privilégiant « l’autre et l’ailleurs » à « celui qui est là et maintenant » nous laissons les autres « intruser » en permanence notre espace et décider de l’emploi que nous faisons de notre temps. La réactivité aux sollicitations devient la norme car tout le monde attend implicitement une réponse instantanée. Attendre génère de la frustration, arrêter ce rythme infernal devient source d’angoisse, se concentrer devient difficile, se reposer devient source d’inconfort.

Ce mécanisme a quelque chose de très grisant, voire euphorisant et c’est pour cela que nous nous y adonnons, certains jusqu’à la dépendance. Revenir en arrière est bien sur impossible sans un changement radical de son mode de vie et de ses comportements. Mais ce qui est accessible à chacun c’est de développer sa présence dans l’ici et maintenant pour fonctionner autant que faire se peut, en mode FIFO (First In First Out). Il convient pour cela de se mettre un cadre et des règles d’utilisation de ces outils. C’est à ce prix, parfois inconfortable, qu’ils seront véritablement des instruments de progrès. La semaine prochaine je vous donnerai quelques pistes pour accroître votre présence

Commentaires 16

  1. Rudolf Kiefer

    D’autres interruptions journalières, le mal de dos, les tensions dans la nuque, la soif, le manque d’énergie, des problèmes de digestions, les coups de fatigue, et j’en passe. Le stress c’est une agression de notre environnement relationnel, nous venons de le voir, mais aussi de notre environnement physique. Mieux maitriser son environnement relationnel et physique est la solution. Pour le physique, découvrez des moyens sur mon site.

  2. Jon

    J’ai été interrompu durant la lecture de cet article au moins 4 fois.

    Mais je me suis interrompu moi-même en zappant sur autre chose.

    Et là c’est grave docteur ?

  3. David | Marketing-Underground.com

    Très intéressant comme article…

    Mais à propos du Stress négatif généré par des taches non achevées qui restent présente en mémoire.
    Que penser alors de toutes ces formation sur l’organisation du temps, qui conseillent de tenir un petit cahier avec toutes les taches que l’on doit faire au mois, à la semaine ou à la journée ?

    Je dis cela car j’ai testé… Quelques part ça permet justement de se vider la mémoire et la tête un moment, de toutes les idées à appliquer, que l’on peut avoir chaque jour. Mais la liste ne s’arrête jamais et s’allonge de jours en jours, et ça, ça peut devenir très stressant, car dans le domaine professionnel et en tant qu’entrepreneur, on ne travaille pas encore à la vitesse de la pensée 🙂

    Je pense que c’est l’évolution qui veut ça, l’ère de l’instantanéité et l’homme actuel qui vit à 100 à l’heure !

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      Michael

      Le cahier de tâches est utile pour se vider l’esprit en effet. Cependant, il ne remplace pas une priorisation de ses activités ! Il faut développer une sorte de calme face à la liste de tâches.

    2. Philippe

      effectivement si ces listes restent stockées je ne vois pas comment la mémoire peut s’alléger. Si cela n’a pas été fait au bout d’un déli optimal et qu’il n’y a pas eu de conséquences, c’est qu’on est dans du non rgent non important.. Plus on le détecte vite plus on le supprime vite

  4. V Farcy

    Très intéressant.

    Je pense pour ma part que c’est tout aussi inélectable que nocif. J’ai posté un billet sur ce sujet sur mon Blog et donne quelques méthodes, rien de bien nouveau, probablement, mais des choses simples, qui visent à partager quelques bon conseils.

  5. Gilles (Objectifs Liberté)

    Comme d’habitude tu tapes très juste : les interruptions dans notre société moderne deviennent de plus en plus importantes. Dans le travail également on est en mode interruption permanente. Pourtant s’interrompre, c’est contre-productif. Qu’il est loin le temps ou les cadres réfléchissaient au calme dans leurs bureaux …

    Les outils des temps modernes dans la vie privée accroissent le phénomène (mobile, email, sms, …) et nos interlocuteurs s’attendent à une réponse immédiate. Les outils sont la mais l’homme lui reste le même dans son fonctionnement. Il commence à avoir un décalage entre lui et les outils qu’ils utilisent au quotidien.

  6. fabrice

    Plus notre temps est découpé en multiples tâches, plus on a l’impression que le temps passe vite.
    Le contraire d’une journée de ballade dans la nature…

    1. LAURENT

      Time is money (benjamin francklin ?), selon la formule consacrée, mais je ne suis pas du tout d’accord avec cette expression qui a son époque était peut être juste, mais de nos jours, ne l’est plus : le temps vaut beaucoup plus que l’argent.
      Le temps peut produire de l’argent certes. Perdre du temps peut couter de l’argent, beaucoup d’argent, d’autant dans le contexte de l’entreprise.
      Mais la valeur du temps est à l’investissement, ce que l’investissement est à la dépense !!!
      Un rapport de dérivée pour les matheux. C’est à dire que pour se payer la valeur temps, il ne suffit pas d’avoir de l’argent,
      de mémoire, je me souviens avoir lu la synthèse d’un rapport très sérieux qui disait que le temps moyen de travail sans interruption (au boulot) était de 7mn (gloups !)

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        Michael

        Effectivement le nombre grandissant d’interruption tue la valeur que l’on pourrait tirer du temps. Lorsque l’investissement du temps ne produit pas de la valeur, il y a un problème de fond important.
        C’est un biais humain naturel : vouloir tout faire, être partout, ne rien rater, contre lequel nous devons lutter.

  7. Nicolas Mallet

    J’ai rejoins totalement ce constat par rapport aux interruptions. Et les effets négatifs, soit perte de productivité et stress négatif (tâches qui s’accumulent et donnent l’impression de ne pas avancer) sont évidents.

    Au début, recevoir sans arrêt de téléphones et des mails est gratifiant, puisque cela nous fait nous sentir important, voir indispensable. Mais sur la durée, ce n’est pas viable car trop générateur de mauvais stress ou de perte de temps. Ce qui au début était des moyens de nous simplifier la vie (pouvoir être atteignable facilement) sont devenus des chaînes qui nous retiennent prisonnier (devoir être atteignable en tout lieu, en tout temps et pour n’importe quelle raison).

    Pour moi, la solution passe donc par être moins facilement atteignable (je reviendrais certainement là-dessus, si quelqu’un veut des précisions ou à l’occasion du prochain article sur le sujet). D’ailleurs ce n’est pas pour rien que le personnes réellement importantes ne sont pas atteignable facilement (essayez de parler personnellement au directeur d’une multinationale par exemple).

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