Le mythe de « Faites ce que vous aimez pour ne plus jamais avoir l’impression de travailler »

Michael Ferrari Esprit riche, Finances personnelles 20 Commentaires

Dans ma série sur les mythes qui sont repris la bouche en coeur , aujourd’hui voici le mythe de « Faire ce que l’on aime« .

Faire ce que l’on aime est un classique souvent suivi de « … et vous n’aurez jamais l’impression de travailler ». La supposition, c’est que si vous avez une passion qui vous rapporte de l’argent, vous n’aurez pas l’impression de travailler et donc tout ira pour le mieux chez les Bisounours. Évidemment, c’est une erreur de jugement grave.

Si l’idée est bonne, elle est souvent mal comprise et c’est comme cela que l’on retrouve des gens passionnés par des sujets dont ils ne pourront pas vivre. Des exemples ? Celui qui fait des études en histoire de l’art, celle qui aime coudre ou celui qui aime chanter, celle qui aime les arts-martiaux, celui qui veut devenir écrivain… la liste est sans fin.

Le point commun ? Ces gens sont égoïstes. Ils ne se demandent pas ce qu’ils peuvent apporter et à qui l’apporter. Ils veulent « réaliser leur rêve » et possèdent 10 raisons pour expliquer à qui veut l’entendre combien ce qu’ils font est magnifique et à quel point ils sont passionnés.

Le problème ? Tout le monde s’en fout. Ca n’intéresse personne, en tous cas pas vos clients. Si cela fera plaisir à votre maman et sera une belle histoire pour les journalistes, cela ne sera en aucun cas une garantie de réussite. Vos clients sont comme vous : égoïstes, il faut donc répondre à leurs besoins plutôt qu’aux vôtres ! Ils ne sont pas là pour satisfaire vos désirs de vous réaliser.

Le mythe de Sylvie passionnée par le chant qui veut se lancer est donc une grave erreur de raisonnement à laquelle beaucoup de « lifecoach » répondent « Vas-y championne ! » L’autre facteur, c’est que « faire ce que l’on aime » pousse parfois les gens à considérer ce qu’ils font comme un loisir et à accepter des tarifs inférieurs au marché. Ils se considèrent tellement chanceux de « réaliser leur rêve » qu’ils acceptent des conditions qu’aucun autre professionnel n’accepte. Ils vivent chichement le temps que ça durera pour ensuite reprendre un boulot alimentaire « raisonnable ».

Cependant beaucoup de gens sont passionnés par ce qu’ils font me direz-vous. Et vous aurez raison ! L’une des conséquences à cela, c’est que le monde est rempli de gens qui essaient de « faire ce qu’ils aiment » et se retrouvent dans des marchés où l’offre excède la demande ce qui tire les prix vers le bas. Bienvenue dans le monde des « me too ».

Si vous avez une passion dont vous souhaitez vivre, il faut donc vraiment se concentrer sur le besoin auquel elle répondra mais ce ne sera pas suffisant. Il vous faudra aussi, si vous souhaitez en vivre, que vous soyez exceptionnellement bon. Il existe des centaines d’aspirants footballeur, basketteur, écrivain, chanteur, acteur, coach sportif… Sans ces conditions, votre passion sera en danger et ce que vous aimez tant faire deviendra un cauchemar et une source de stress car l’argent ne suivra pas.

Il y a 2 catégories de personnes qui font ce qu’elles aiment : celles qui le font indépendamment de l’aspect financier (par exemple en extra d’un boulot) et celles qui sont exceptionnellement bonnes.

Les premiers le font mais n’ont pas besoin de l’argent ou alors ils considèrent que leur vie est dédiée à leur passion et peuvent se contenter d’un bout de pain pour diner. Les seconds sont tellement bons que tout roule sur tous les points de vue.

Il ne faut donc pas tant faire ce que l’on aime que devenir un professionnel passionné par un objectif précis répondant à un besoin identifié.

Commentaires 20

  1. Je n’aurais jamais osé le dire, mais parfois aussi, les gens avec des rêves me semblent un poil égoïstes. Bien sur, il y a des rêves qui ne peuvent pas être égoïstes (pompier, policier…) mais la plupart des gens qui veulent faire un métier précis pensent surtout à eux, et pas au reste du monde. Que le reste du monde croule sous les chanteurs, les décorateurs, les journalistes, et que, comme tu dis, ils ne sont pas forcement meilleurs que les autres.
    Pourtant je les envie aussi, parce que je n’ai pas de vocation. J’aimerais bien ne pas devoir me demander ce qui est le mieux, et être sûre que le seul métier que je veux faire a déjà un nom. Ce serait vraiment reposant.

  2. Le problème lorsque son métier est sa passion, c’est que la frontière entre le temps passé pour le loisir et le temps passé pour le travail est floue.

    C’est pour cela que tout le monde ne veut pas vivre de sa passion : de peur qu’elle se transforme en contrainte.

    Par contre, il est vrai que quelqu’un passionné par son métier apporte de la qualité à ses clients. Ex : mon traiteur à mon mariage.

  3. Bonjour à tous,
    S’il y a un côté motivant de vouloir vivre de ce qu’on aime – je ne connais pas d’entrepreneurs ayant réussi qui se soient lancés dans un domaine qui les gonfle – il est bien évident que le principe de réalité s’applique : ce qu’on offre DOIT satisfaire un besoin.
    Et ensuite, il faut savoir le vendre et y passer le temps nécessaire et/ou savoir s’entourer.
    Et prétendre qu’en « faisant ce qu’on aime, on n’aura pas l’impression de travailler », une belle farce : même si on aime ce qu’on créée, il y aura des contraintes.

    Donc, je rejoins Michael là-dessus, vouloir vivre de sa passion, ok, à la condition que ça corresponde à un besoin, et qui sera rentable (pas « d’artiste » qui ne vit que pour son art et ne se soucie pas de l’argent)…

    Dans mon métier, c’est un peu particulier : l’illustration. Les graphistes et autres confrères étant légion, c’était rejoindre une file d’attente très longue, le numérique a de plus amplifié le phénomène. C’est toujours possible néanmoins de vivre de l’approche « classique » (à la commande selon les désidératas des clients), j’en connais plusieurs qui en vivent (et ce n’est pas la semaine de 4 heures !)
    Hmm, je tente pour ma part une approche différente : un concept que j’adapte en produits dérivés (en l’occurence, une peluche nommée Patateman, que j’ai testé auprès du public lors de salons de création et d’expos vente ; l’accueil étant assez positif (tous âges, avec une préférence pour les 10-17 ans)).
    Je ne suis pas là pour faire ma promo, ce que je voulais souligner, c’est que sur conseils de divers professionnels, il me fallait vérifier sur le terrain que ce que je propose peut trouver son public. Sinon, faut faire autre chose…

    Le ton de l’article peut paraitre assez sévère au premier abord, mais il faut bien reconnaitre que si ce qu’on aime faire est bon pour l’égo, faut que les autres aiment aussi !

    Roland

  4. Je suis globalement d’accord avec toi. Je peux être passionné par l’immobilier, je ne peux pas dire que j’ai l’impression de pas travailler quand je gère mes immeubles à revenus (en plus de mon boulot). J’aimerais faire ça à temps plein pour ne vivre que de ma passion. Mais dieu que c’est du travail!

  5. Cet article est un lieu commun. Je pense que tout le monde est au courant que les places de chanteurs ou d’ecrivains sont limitees. Ca ne veut pas pour autant dire que toutes les passions se rapportent a des metiers relevant hautement du talent naturel.
    Le probleme de faire de sa passion son metier, c’est que la passion risque fortement de degouter a la longue.
    Apres concernant l’egoisme, je ne vois pas en quoi c’est un defaut. Les acteurs de la societe ne sont pas altruistes, et ne cherchent qu’une et unique chose : tondre les moutons. beeeeee
    Si vous n’allez pas chercher votre plaisir, personne n’ira le chercher pour vous.

  6. Comme le dit François, quand bien même qqun arrive à vivre de sa passion, ne faire que ça ou le faire contre de l’argent conduit aussi à l’écœurement.

    Les passions sont des plaisirs aussi parce que justement ont les fait sur un temps libre qui est rare…

    Après ceux qui font des études de géographie ou sport sans penser au débouché, parce qu’ils aiment ça et veulent faire ce qu’ils aiment, en digne hérité de la génération 68, ils ont vite fait de déchanter quand il faut travailler et qu’ils ne trouvent rien à part le McDo.

  7. Je rejoins plusieurs avis. J’ai peur que si on vit de sa passion, cette passion finit par s’éteindre et que finalement cela devienne un boulot comme les autres, la perte du plaisir d’un ancien hobby en plus…

  8. Je suis assez d’accord avec toi, mais je me dis que heureusement, certains de nos écrivains et compositeurs n’ont pas eu peur d’avoir faim et froid !

    Mis à part ces quelques cas, je suis plutôt d’accord. Quand on veut vivre d’une passion, il faut qu’elle apporte quelque chose aux autres. Ça exclut donc tout ce qui est difficile à partager (maquettes en bouchons de champagne par exemple, pas sur que ça se vende bien). En revanche c’est un plus pour tous les services : jardinage, plomberie…

    L’exemple que tu donnes sur le coach personnel me fait penser qu’on est vraiment à une époque où l’individu est poussé à se réaliser « pour lui-même » et plus du tout dans une perspective collective. Tu veux devenir chanteur pour te faire mousser toi, pas pour apporter quelque chose à l’histoire.

    J’aime bien cette série d’articles sur les mythes, j’ai hâte d’en lire plus !

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      Oui, ces écrivains ou compositeurs auxquels tu fais référence ne se posent pas la question « dois-je me lancer » et ne demandent pas à un coach de valider leur projet 🙂
      Ils ont le « feu intérieur » qui les animent.

  9. Recentrons-nous sur le débat ^^ : Feu intérieur ou pas, ce qui compte, c’est que notre passion correspond à un besoin monnayable.
    Et je ne connais pas d’entrepreneur se lançant dans une activité qui lui semble ennuyeuse.

  10. Il y a beaucoup de gens qui ont des passions, et qui arrivent à en vivre sans être exceptionnellement bon.

    Quand on est passionné par quelque chose, par définition on a envie de le partager, et on le fera avec les personnes qui seront intéressées. Il y a 7 milliards de personnes potentiellement intéressées par notre passion. Même les gens passionnés par les ovnis ou les pierres peuvent en vivre.

    Cet article manque de profondeur je trouve. Ce sont les gens qui ont suivi leur passion qui ont fait avancer le monde, pendant que d’autres se demandaient comment ils pourraient gagner de l’argent…
    D’ailleurs, ne parle-t-on pas de la passion du Christ (je suis pas particulièrement religieux mais cette histoire a quand même changé le monde).
    En fait si, je suis religieux, et je crois que le monde est bien réglé : si chacun suivait sa voie, si chacun faisait ce pour quoi il est né, le monde serait un paradis.

    Les gens passionnés donnent sans attendre en retour. Les autres veulent savoir ce qu’ils pourraient vendre et au final ils restent bien gentils et ne font pas avancer grand chose. Qui sont les plus égoistes ?
    Étudiez un peu l’histoire, ce sont les artistes, les fous, les passionnés qui l’ont marquée.

    Plutôt que de se demander ce que le marché demande, pourquoi ne pas chercher ce dans quoi on peut être exceptionnellement bon ?

    1. Il faut ménager la chèvre et le chou : si on est passionné par quelques chose, mais qu’on ne sait pas le vendre, on est mal… (le peintre Vermeer est mort criblé de dettes)
      D’où l’intérêt de savoir ce que le marché demande (ou en créer un)

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      « Les gens passionnés donnent sans attendre en retour.  »
      Oui c’est bien ce que je dis, si tu t’arrêtes à ça, c’est un hobby, pas un business.
      L’opposition « demande du marché / être bon » n’est aucun sens : si tu lances un business, tu dois être très bon pour que cela marche. Autrement dit, être bon n’est pas une option 🙂

  11. Binh > justement, la passion du christ, si passionné soit-elle, n’était pas égoïste. Il ne cherchait pas ce qui lui ferait plaisir à lui, mais comment sauver les hommes de péchés. Et je pense que beaucoup de gens qui ont fait avancer le monde l’ont justement fait en pensant aux autres. pas forcement à l’argent, mais au bien que ça apporterait pour les autres. Ceux qui ont fait progresser la médecine et les conditions humaines ne l’ont pas fait pour eux. Ceux qui ont fait progresser la science, si, un peu, quand au progrès de l’art, c’est une notion relative. En tout cas, chercher ce dont les autres ont besoin est souvent moins égoïste que juste chercher à se faire plaisir à soi. Sinon, j’ai tendance à penser comme toi, mais je pense qu’il faut faire un peu d’effort pour trouver sa voie, et je pense que pour la plupart des gens, suivre ses passions aveuglement servira juste à se dissiper.

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      « Et je pense que beaucoup de gens qui ont fait avancer le monde l’ont justement fait en pensant aux autres. pas forcement à l’argent, mais au bien que ça apporterait pour les autres. »

      C’est bien le message de l’article. Que ce soit business ou religion, même combat alors !

  12. Finalement on est d’accord alors ! Ce que je disais justement c’est que quand on est vraiment passionné, on cherche à apporter aux autres ce qui nous passionne.
    Je suis juste en complet désaccord avec l’idée qu’être passionné c’est être égoiste. Au contraire, les personnes les plus passionnées sont les généreuses parce qu’elles partagent ce qu’elles ont de plus précieux : leur passion.

  13. Je trouve la discussion assez fondamentale.La notion d’égoïsme évoqué par Michael m’a toujours semblée suspecte, j’y reconnait l’influence Americaine, celle des livres que nous lisons.Quand on me parle de générosité et « d’apporter au monde » ça me laisse un peu perplexe, j’y vois une notion assez dangereuse.Il s’agit surtout de mon point de vue de pereniser un systeme qui fait les affaires de certains.En fait on touche un peu le noeud du problème, les objectifs de l’espece ne vont pas forcement dans le sens de ceux de l’individu.

  14. Bonjour,

    Je suis musicien (piano) semi-pro comme j’aime dire, c’est-à dire que je n’en vie pas encore et je ne sais pas si j’en vivrais un jour, je travaille sur le 3e album d’un rappeur qui souhaite aussi aujourd’hui monter un label, donc en plus d’un travail à côté je produis de la musique pour lui, moyennant finance c’est-à dire les droits d’auteur.

    Pour moi produire de la musique commerciale est simplement un business pas une passion, la passion, le hobby c’est quand j’écoute le week-end un très bon cd de jazz ou de musique classique.

    Je pense que dans le cas des musicien souhaitant gagner de l’argent dans ce domaine, il ne faut pas rêver de devenir pianiste de jazz reconnu, ou artiste folk/rock guitare à la main, il faut se concentrer sur la musique qui marche aujourd’hui (musique commerciale et musique pour l’image (tv, ciné, etc.)) il faut voir la musique actuelle comme un business à part entière, pas comme un art, peut importe si ce que l’on fait ne nous plaise pas, il faut que cela plaise au client (labels, chanteurs, etc.). Ne pas être égoïste comme vous dites et ne penser qu’à sois. En fait il faut être l’inverse selon moi de 90 % des musiciens intermittents du spectacle.

    Cela est pareil pour toutes autres passions artistiques ou pas, pour moi, le business prime sur le reste. Si ce n’est pas notre façon de voir les choses, on ne vit pas de sa passion, on la garde comme simple hobby et on fait autre chose.

    Il faut quand même garder les pieds sur terre, penser business ne fait pas tout et l’on peut tomber très bas.

    Maxime.

  15. Bonjour Michael,

    à un moment j’ai failli ne pas être en accord avec toi.

    Mais la fin de l’article m’a permis de parfaitement comprendre ton idée développé dans l’article.

    Travailler sur sa passion est bien, mais maintenant il faut adapter cette passion à l’environnement client.

    Amicalement,

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