Et si l’or était tout simplement le meilleur investissement ? (L’histoire complète)

Voici un chiffre hallucinant : en 1979, une maison coûtait en moyenne 73.000 dollars aux États-Unis. Aujourd’hui, il faut débourser 514.000 dollars. Soit une augmentation de 604 % ! Sauf que le prix en or de cette maison, lui, n’a pas bougé ! Il fallait 268 onces d’or en 1979 et c’est toujours le cas aujourd’hui.

Évolution du prix en dollars et en or d'une maison unifamiliale

Évolution du prix en dollars et en or d’une maison unifamiliale . Source : Tradingview

L’or apparaît donc comme une fantastique réserve de valeur. Dans l’Antiquité et au Moyen-Âge, l’or était utilisé comme monnaie. Au 19e siècle, avec l’apparition de la monnaie-papier, il reste le sous-jacent auquel la monnaie est adossée, jusqu’à l’abandon de l’étalon-or en 1971. Aujourd’hui, il reste perçu comme un placement alternatif et, comme le dit Warren Buffet, une relique barbare.

Au final, est-ce que vous ne feriez pas mieux d’acheter et garder de l’or plutôt que de courir après des rendements hypothétiques dans des devises qui perdent de leur valeur tous les jours ? La question est sérieuse.

Mais pourquoi l’or jouit-il de ce statut spécial ?

D’abord parce que c’est un élément inaltérable. C’est aussi l’un des actifs les plus liquides au monde, sa valeur étant universellement reconnue. Vous pouvez revendre de l’or partout dans le monde.

Et enfin, il a l’avantage d’être rare, ce qui préserve sa valeur, contrairement aux devises de banques centrales, qui peuvent être créées de toutes pièces en faisant tourner la planche à billets ou en ajoutant des zéros sur des comptes.

D’ailleurs, les banques centrales ne s’y trompent pas : elles achètent de l’or en masse, puisque sur les trois premiers trimestres de 2023, elles ont acheté pour 800 tonnes d’or. C’est un rythme supérieur à 2022, qui s’était pourtant achevée sur une demande record.

Beaucoup de banques centrales augmentent considérablement leurs réserves d'or.

Beaucoup de banques centrales augmentent considérablement leurs réserves d’or. Source : Gold.org

On va donc voir :

  • Comment l’or a acquis ce statut si spécial ;
  • Comment la monnaie-papier est née ;
  • Les avantages et les inconvénients de l’étalon-or ;
  • Pourquoi il y a une ruée vers l’or de la part de certaines banques centrales aujourd’hui ;
  • Et est-ce qu’il est judicieux pour vous d’acheter de l’or aujourd’hui.

 

La naissance de l’or-monnaie et de l’étalon-or

Revenons donc d’abord sur la naissance de l’or comme norme monétaire. C’est important parce que vous allez voir que, dans ce domaine aussi, l’histoire se répète de manière cyclique. Et ça va vous permettre de comprendre bien des phénomènes qui se produisent aujourd’hui.

Remontons en 600 avant Jésus-Christ, dans la ville de Sardis, capitale de la Lydie (dans l’actuelle Turquie). Les marchands et les soldats qui transitent par ce carrefour de grandes routes commerciales sont encombrés par tout ce qu’ils doivent transporter comme monnaie d’échange (des matières premières, des animaux, des objets volumineux et/ou lourds). Ils cherchent donc un moyen de faciliter les échanges avec quelque chose qui aurait un rapport valeur-poids élevé.

La solution apparaît dans la rivière qui traverse la ville et qui porte le nom de… Pactole ! Cette rivière charrie des paillettes d’or, qui vont être utilisées pour fabriquer des pièces dont la valeur est garantie par le roi. D’ailleurs, pour l’anecdote, quel célèbre roi de Lydie a régné à cette époque-là ? Dites-le-moi en commentaire. 😉

Ces pièces d’or deviennent monnaie courante dans le bassin méditerranéen et c’est également la première devise acceptée dans le commerce de la soie et des épices avec l’Orient. La pratique de battre la monnaie s’étend à l’Europe et l’Asie.

 

Les Romains s’appuient sur l’or pour édifier leur empire

C’est intéressant parce que la dévaluation de monnaie existe déjà à l’époque. Prenons à titre d’exemple l’aureus romain, la pièce de plus grande valeur. Sous le règne de l’empereur Auguste, cette pièce d’or pesait 7,85 g. Les empereurs se succèdent et diminuent son poids. Sous Valérien, elle ne contient plus que 3,10 g d’or.

L’une des explications à ce phénomène était une pénurie d’or face à des besoins financiers considérables. L’autre, c’est évidemment une gestion financière aléatoire à l’image de nos pays depuis 20 ans et donc le besoin d’augmenter sans cesse la masse monétaire. Et pour le faire, mettre un peu moins d’or dans chaque pièce.

Si l’empire romain finit par chuter en 476, l’empire byzantin va, lui, prospérer et perdurer jusqu’au Moyen-Âge. Son histoire est intéressante car elle est directement liée à l’or.

Le christianisme ainsi que le solidus, la monnaie d’or introduite par Constantin, permettent à l’empire byzantin de prospérer. Pour l’anecdote, limer le bord des pièces pour récupérer des copeaux d’or est interdit et passible de peine de mort.

En gros, dévaluer la monnaie, si c’est le gouvernement qui le fait, ça va, mais sinon c’est un crime. Rien n’a changé. Aujourd’hui, vous ne pouvez pas imprimer de monnaie mais l’État, lui, le peut.

Au Moyen-Âge, une ville du bassin méditerranéen devient le haut-lieu de la construction navale en Europe : c’est Venise. Les ventes de navires lui permettent d’amasser de l’or et les monarques européens s’endettent constamment auprès des banquiers de la région. Venise voit alors en Constantinople, la capitale de l’empire byzantin, sa rivale dans les échanges avec l’Orient. Mais comment la faire tomber ?

 

Maître de l’or, maître du monde

La solution va venir des chevaliers français en 1202. En effet, ceux-ci supplient les Vénitiens de leur fournir les navires nécessaires pour la quatrième croisade. Le dirigeant vénitien, Dandolo, accepte à condition que ce soit lui qui tienne les rênes de la croisade. Son but n’est pas de se rendre à Jérusalem mais de s’approprier l’expédition pour s’emparer de Constantinople. 

Après 900 ans d’opulence, Constantinople tombe. Ses édifices religieux sont pillés pour leur or et autres éléments précieux (c’est aussi ce que fera Hitler dans les pays qu’il envahira). Avec l’or qu’ils accumulent via le commerce de navires et celui pris à Constantinople, les Vénitiens deviennent les maîtres de l’or et en fixent le prix partout en Europe. Le ducat vénitien devient la monnaie en vigueur dans tout le bassin et s’étend même à l’Inde et à la Chine. 

Vous voyez comment l’histoire se répète : Sardis, Rome, Constantinople, Venise. On est vraiment sur un modèle où contrôler l’or permet de devenir les maîtres du monde. Du coup, vous devinez peut-être quels vont être les prochains à former un puissant empire.

En 1492, Christophe Colomb découvre le Nouveau monde, riche en or. Comme ce sont les monarques espagnols qui l’ont financé, c’est à eux que revient l’or.

Aux 16e et 17e siècles, d’autres pays devancent l’Espagne sur les océans et établissent des colonies et des comptoirs commerciaux. C’est notamment le cas du Royaume-Uni et des Pays-Bas.

Mais un changement de paradigme va avoir lieu au 19e siècle avec l’arrivée de la monnaie-papier. 

La naissance de la monnaie-papier

Et quels en ont été les précurseurs, à votre avis ? Il s’agit des États-Unis. Ils vont progressivement redéfinir le concept de monnaie et son rapport à l’or. 

Pourquoi ? Parce que début 19e, encore jeunes et en retard sur le plan économique, les États-Unis importent plus qu’ils n’exportent. Leurs espèces métalliques partent donc majoritairement vers l’étranger, sans compter que même les plus petites pièces d’or ont proportionnellement une grande valeur. Pour pouvoir se développer, ils ont besoin de plus petites espèces. 

Chaque banque émet donc ses propres billets avec ses propres valeurs, échangeables à leurs guichets contre leur valeur en or. On est donc face à une monnaie-dette. Chaque billet est une promesse de pouvoir récupérer son montant en or.

Dépendance à l’or et risque de panique bancaire

Mais le développement économique s’accélérant, les billets en circulation dépassent largement les réserves d’or des banques. En cas de bank run, beaucoup de banques feraient faillite. Et c’est d’ailleurs ce qui se produit vers 1830, parce qu’à l’époque, le gouvernement n’est pas là pour sauver les banques.

Le salut de ce nouveau système de monnaie-dette arrive avec la découverte de gisements d’or en Californie à la fin des années 1840. L’or est convoyé par paquebot jusqu’à New York. Quand l’or n’est pas suffisant, cela entraîne des périodes de récession et des faillites bancaires. C’est ce qui va se passer en 1857 avec le naufrage du Central America chargé d’or. C’est l’équivalent en or de plusieurs millions de dollars qui sombre. Et c’est un avertissement face à la dépendance à l’or du système économique et monétaire. 

Trois ans plus tard, la guerre civile éclate. Le gouvernement emprunte de l’or auprès des banques privées pour financer la guerre mais les réserves sont largement insuffisantes et les banques finissent pas mettre un terme à leur compensation en or. Tous les billets perdent leur valeur. C’est un nouvel avertissement.

 

Comment décorréler la monnaie de l’or ?

Les Américains cherchent donc un moyen de décorréler la monnaie de l’or. Comment avoir une monnaie en qui les gens aient confiance même si le bout de papier en lui-même n’a aucune valeur et qu’il ne constitue pas vraiment une promesse de toucher sa valeur en or ?

C’est là que naît le dollar : une monnaie-papier émise, cette fois, par le gouvernement fédéral et adossée à l’or uniquement en théorie. 400 millions de dollars sont mis en circulation à la fin de la guerre civile.

Ainsi, la valeur de l’or dépend de la demande, de sa production dans les mines et des échanges commerciaux avec l’extérieur, tandis que la valeur du dollar est décidée par le Congrès américain. Et le taux de change entre l’or et le dollar est fixé quotidiennement par les agents de change.

 

La monnaie-papier coexiste avec l’or

Bien que la valeur du dollar soit désormais décorrélée de celle de l’or, l’or continue de circulerCertains en profitent donc pour spéculer sur le taux de change entre l’or et le dollar et s’enrichir. Jusqu’à ce vendredi noir de 1869. Alors que les escrocs Fisk et Gould sont sur le point de vendre tout leur or pour empocher le pactole, le président de l’époque, Ulysses Grant, vend une grande quantité d’or fédéral pour en faire baisser le prix. Tout le monde se met à vendre avant qu’il ne soit trop tard, ce qui fait dégringoler le prix de l’or encore plus vite. Des milliers de spéculateurs sont ruinés.

Malgré cela, l’or reste un moyen de paiement courant ailleurs dans le monde et la ruée vers l’or s’intensifie aussi en Afrique du Sud et en Australie.

La première guerre mondiale ruine la plupart des pays d’Europe, ce qui les exclut de l’étalon-or. Et c’est aussi ce qui se produira pendant la deuxième guerre mondiale. Qui dit guerre dit dépenses extraordinaires, endettement extraordinaire et incapacité des pays belligérants à conserver des réserves d’or suffisantes.

 

Le président américain confisque l’or des particuliers

Après le krach boursier de 1929, les États-Unis traversent leur grande dépression. Les Américains veulent de plus en plus échanger leurs dollars contre leur valeur en or, ce qui entraîne la faillite de 5000 banques, rien que ça. Et là, le président Roosevelt va prendre une décision radicale : il ferme les banques, sort les États-Unis de l’étalon-or, et retire les lingots et pièces d’or de la circulation.

Les Américains qui avaient thésaurisé, c’est-à-dire accumulé de l’or par précaution, sont forcés d’échanger leur or contre des dollars à un prix bien inférieur à sa valeur réelle, et ce sous peine d’amendes et de peines d’emprisonnement.

Quand les banques rouvrent, les dépôts d’or sont à nouveau supérieurs aux retraits, forcément, et de nouvelles faillites bancaires sont évitées. De plus, l’or ne circule plus comme monnaie, il sert seulement à garantir la valeur des billets imprimés. C’était l’idée de départ, mais elle a été mise en place au détriment des citoyens qui avaient cherché à se protéger en investissant dans l’or.

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Les Accords de Bretton Woods

Reprenons donc notre voyage au fil de l’histoire. On est arrivé à la seconde guerre mondiale. Le conflit ruine les pays européens et le cycle se répète comme à chaque guerre. Mais les États-Unis y voient une opportunité incroyable. La signature des Accords de Bretton Woods établit un système de changes fixes où les pays signataires fixent leurs devises au dollar, lui-même convertible en or à un prix fixe de 35 dollars l’once. Le dollar devient ainsi la principale monnaie de référence.

Les Européens doivent régler leur dette en dollars, du coup ils achètent des dollars avec leur or, ce qui fait grimper les réserves d’or américaines et consolide la position du dollar comme monnaie de référence dans le système monétaire international.

Faille dans le système de Bretton Woods

Mais ce système a une faille : pour fonctionner, il a besoin d’un afflux permanent de dollars, puisque c’est la monnaie de réserve internationale et la monnaie d’échange. Or, la présence de dollars dans le circuit international dépend de la balance commerciale américaine. Il faut donc que les États-Unis soient constamment en déficit commercial pour que le système puisse survivre. Mais ce qui fait survivre le système l’affaiblit dans le même temps, car trop de déficit trop longtemps finit par créer une crise de confiance.

À partir des années 50, les États-Unis s’enfoncent donc dans des déficits commerciaux. Mais à partir du moment où il y a plus de dollars à l’étranger que de réserves d’or aux États-Unis, il devient impossible de garantir la conversion immédiate du dollar à l’or. Les pays qui exportent le plus vers les États-Unis accumulent donc d’immenses réserves en dollars.

Parallèlement, les pays commencent à douter de la stabilité du dollar en raison de l’endettement croissant des États-Unis pour financer la guerre du Vietnam et leurs grands programmes sociaux.

En conséquence, ils demandent de plus en plus à convertir leur excédent de dollars en or. Mais les États-Unis ne veulent pas voir disparaître leurs réserves et, en 1971, le président Nixon décide de suspendre la convertibilité du dollar en or.

La fin des Accords de Bretton Woods marque la fin de l’étalon-or international. Le lien entre monnaie-papier et or est définitivement rompu. Seule la confiance que les personnes ont envers l’autorité émettrice garantit la valeur de l’argent : on parle de monnaie fiduciaire.

Zoom sur la France

On a beaucoup parlé des États-Unis, alors je vous propose maintenant de faire un petit zoom sur la France et la relation de sa monnaie à l’or.

Première monnaie-papier française : le système de Law

Au 18e siècle, la France fait deux expériences de monnaie-papier. La première, c’est le système de Law, du nom de l’Écossais qui l’a imaginé. Ce système visait notamment à résoudre le problème de l’énorme dette publique de l’époque : 2,8 milliards de livres tournois, soit l’équivalent de 10 ans de recettes.

En 1716, John Law est autorisé à créer une banque privée, la Banque Générale, qui a le pouvoir d’émettre de la monnaie-papier convertible en or. Comme c’est une banque privée, les billets sont en réalité comme des actions, rémunérées à 7,5 %, ce qui est deux fois plus élevé que les annuités pratiquées à l’époque. Ces actions sont payables pour un quart en espèces et pour le reste en papiers d’État. De cette manière, Law attire les capitaux et généralise l’utilisation de la monnaie fiduciaire en France.

Pour payer de telles annuités et garantir la convertibilité de ses billets en or, le système de Law repose sur un deuxième pilier, sa compagnie de commerce colonial, qui détient plusieurs monopoles, notamment sur le commerce avec la Louisiane. Les actions de cette compagnie deviennent elles aussi très populaires.

Comment fonctionne le système de Law ?

Vous comprenez le système : pour financer les activités de sa compagnie, Law émet de grandes quantités d’actions et de billets de banque. Et dans le même temps, sa compagnie est censée rapporter suffisamment d’or pour assurer la convertibilité des billets et payer les annuités.

Sur le plan national, l’idée de Law est d’attirer les espèces métalliques qui circulent dans le royaume et, en échange, d’écouler de la monnaie-papier reposant sur la puissance économique de la France dans le commerce colonial.

Ce système entraîne une hausse rapide des prix des actions et une augmentation de la masse monétaire. La dette publique baisse. Trois ans plus tard, Law fusionne sa banque et sa compagnie de commerce, ce qui intensifie la spéculation.

Vous voyez bien le parallèle avec ce qui se passera aux États-Unis et dont on a déjà parlé :

  • Tout d’abord, la monnaie-papier convertible en or requiert un afflux constant d’or. Si cet afflux est interrompu, que ce soit par un paquebot qui coule ou par un ralentissement des échanges commerciaux, ça va poser problème.
  • Ce genre de système entraîne aussi de la spéculation, qui au final conduit à sa perte.
  • Et enfin, il y a un point faible et pas des moindres : le risque de bank run. Si trop de gens demandent à convertir leurs billets d’un seul coup, il n’y a en réalité pas assez de réserves, les gens n’ont plus confiance, le système s’effondre.

Effondrement du système de Law

En 1720, la compagnie de Law est proche de la banqueroute (le commerce avec la Louisiane ne fonctionne pas aussi bien que prévu) et il a besoin de métaux précieux pour continuer à alimenter son système. Il profite donc de son poste de contrôleur des finances pour mettre fin à la thésaurisation de l’or et de l’argent. Pour cela, il interdit la possession de plus de 500 livres de métaux précieux par foyer, sous peine de confiscation et d’amende. Les dénonciations sont récompensées et ceux qui résistent sont perquisitionnés.

Comme vous pouvez vous l’imaginer, la colère gronde suite à ces mesures liberticides. Et dans le même temps, la méfiance s’installe. Plusieurs grands noms de la noblesse viennent retirer leur or au siège de la banque, entraînant des émeutes qui font plusieurs morts. Ces événements précipitent l’effondrement du système de Law.

Deuxième monnaie-papier en France : les assignats

Voilà pour la première expérience française de monnaie-papier. Il y en aura une autre pendant la Révolution française : les assignats. Là encore, la dette publique est très élevée et il faut trouver de l’argent. Le député Talleyrand a l’idée de confisquer les biens du clergé, qui deviennent purement et simplement des biens nationaux. C’est un apport de patrimoine considérable mais dont la vente va prendre du temps, et pendant ce temps-là, les caisses sont vides.

C’est pour résoudre ce problème que les assignats voient le jour. Comment ça fonctionne ? La valeur des biens est divisée en assignats (comme si c’était des actions) et si vous voulez acquérir des parts dans les biens nationaux, vous achetez des assignats. C’est comme ça que les caisses sont renflouées de façon indirecte en attendant la vente des biens. Lorsque la vente est réalisée et les assignats remboursés, ceux-ci doivent évidemment être détruits.

Très vite, les assignats cessent d’être convertibles en or et deviennent une véritable monnaie-papier. L’État en use et abuse pour ses dépenses courantes au point de ne pas détruire les assignats qu’il récupère et d’imprimer plus d’assignats que la valeur réelle des biens nationaux. 

L’assignat se déprécie mais les finances de l’État en dépendent. Alors des lois sont votées :  quiconque refuserait un paiement en assignat peut être condamné à de l’emprisonnement, voire à mort. Les prix sont libellés en assignats. Le commerce au moyen de métaux précieux est interdit. 

En 1796, les assignats en circulation équivalent à 45 milliards de livres, alors que la valeur des biens pris au clergé ne dépassait pas les 3 milliards. La crise économique fait rage et les assignats disparaissent au profit d’un nouveau système qui connaîtra le même sort.

Les emprunts russes jamais remboursés

Dernier épisode français dont je voulais vous parler : celui des emprunts russes.

Entre la fin du 19e et le début du 20e siècle, le gouvernement impérial russe a émis des obligations (emprunts) sur les marchés financiers internationaux pour financer des projets d’infrastructure, de modernisation et pour couvrir les dépenses des différentes guerres dans lesquelles il est engagé. À l’époque, la France vient d’être défaite par les Prussiens et cherche donc des alliés puissants, comme la Russie.

C’est dans ce contexte que la France encourage ses citoyens à souscrire aux emprunts russes. Les annonces officielles déclarent même que « Prêter à la Russie, c’est prêter à la France ! ». Ces obligations sont convertibles en or, ce qui sert de garantie pour attirer les investisseurs et renforcer la confiance dans ces titres. Bien que la Russie soit hyper endettée, les coupons sont payés régulièrement donc le système se maintient jusqu’à la révolution, en 1917. 

Cette année-là, les bolcheviks, dirigés par Lénine, prennent le contrôle et répudient l’intégralité de la dette contractée par le gouvernement tsariste. Les banques continuent toutefois d’honorer les coupons qui se présentent à leurs guichets. Les investisseurs, eux, espèrent une reprise tout au moins partielle de la dette par la France et qu’un nouveau gouvernement russe revoit ses positions. Ce ne sera pas le cas.

L’État français s’en lave les mains

Dans cet article de La Nouvelle République, on lit : “C’est une catastrophe pour un nombre considérable de Français, pas forcément très riches : comme le système de retraites n’existait pas encore, souscrire à un emprunt d’État permettait de recevoir chaque mois une rente en échange du petit pécule placé. L’inflation de l’entre-deux-guerres achèvera de les ruiner.”

Pendant 80 ans, la situation perdure. En 1997, les gouvernements russe et français signent un accord par lequel ils s’engagent à ne pas soutenir les créances de leurs ressortissants nées avant 1945 –les créances, pas les ressortissants. En gros, la créance existe toujours et vous avez le droit de la réclamer, mais ne comptez pas sur l’État français pour intervenir. 

Dans le cadre de cet accord, la Russie verse 400 millions de dollars à la France. Lors du recensement organisé l’année suivante pour distribuer la compensation, on dénombre un peu plus de 316.000 porteurs pour 9,2 millions de titres.

Seulement voilà : sur les 400 millions versés par la Russie, seuls 40 millions sont destinés aux porteurs, ce qui est ridicule comparée à la valeur réelle du titre, évaluée par les experts à plus de 6.000 euros. Pour 9,2 millions de titres, la Russie aurait donc dû verser plus de 55 milliards de dollars aux porteurs français.

Plusieurs associations ont vu le jour pour défendre les associations des porteurs lésés mais c’est sans doute peine perdu.

C’est toujours la même histoire…

Ce que cet épisode nous montre, c’est que lorsque vous avez un papier convertible en or, il faut que la promesse puisse être tenue. L’émetteur doit détenir suffisamment de l’actif sous-jacent, ici l’or.

Et ça amène à se poser la question de l’ETF or. Ont-ils les réserves d’or en face ou est-ce une énième supposée convertibilité ? Ils l’affirment, mais est-ce vrai ?

Achats record d’or par les banques centrales

Fermons la parenthèse française et revenons à ce qu’on observe aujourd’hui à l’international. On n’efface pas deux millénaires de confiance dans l’or comme ça. L’or reste une valeur refuge.

Il préserve la richesse en cas de crise et il reste accepté quand les devises fiduciaires sont refusées comme lorsque Vladimir Poutine a refusé les euros et les dollars pour l’achat de gaz russe.

Alors même si les monnaies ne sont plus adossées à l’or, on voit bien que de nombreuses banques centrales achètent de l’or en masse. Cela reste un gage de sérieux, un poids dans la balance de la confiance que l’on peut faire à un pays.

Au 30 septembre 2023, les achats depuis le début de l’année étaient dominés par la Chine, la Pologne et Singapour.

Réserves d'or de la Chine

Réserves d’or de la Chine. Source : Trading Economics

Réserves d'or de Singapour

Réserves d’or de Singapour. Source : Trading Economics

Pourquoi les banques centrales se ruent-elles sur l’or ?

Bien que l’étalon-or n’existe plus, les banques centrales améliorent ainsi la perception et la confiance que les autres pays ont de leur économie et de leur monnaie.

Elles renforcent aussi la souveraineté de leur monnaie, ce qui est par exemple la motivation principale de la Pologne.

Réserves d'or de la Pologne

Réserves d’or de la Pologne. Source : Trading Economics

L’or étant un actif contracyclique, les banques centrales se protègent ainsi contre l’inflation et contre la volatilité des marchés financiers. C’est par exemple ce qui explique que la Turquie, qui faisait face à une inflation croissante, ait été parmi les plus gros acheteurs d’or en 2022.

Réserves d'or de la Turquie

Réserves d’or de la Turquie. Source : Trading Economics

C’est aussi le moyen de se dédollariser, en particulier pour les économies émergentes. En effet, les décisions de la Réserve fédérale américaine ont des conséquences sur plein d’autres pays, par exemple en influant sur le taux du change du dollar, le prix des matières premières, du pétrole, etc. Acheter de l’or permet de neutraliser, ou au moins d’atténuer, ces effets.

Cela signifie aussi une certaine neutralité vis-à-vis de pays qui ne sont pas en bons termes avec les États-Unis, comme la Russie. Cela fait partie des motivations de la Chine et de l’Inde, notamment.

Réserves d'or de l'Inde

Réserves d’or de l’Inde. Source : Trading Economics

C’est aussi un moyen pour les banques centrales de s’assurer des liquidités à court terme si besoin. On peut penser que c’est la raison pour laquelle la Turquie figure cette année parmi les plus gros vendeurs.

Pourquoi la France n’achète pas d’or ?

En face de cette frénésie, il y a aussi les pays qui semblent complètement désintéressés par l’or, en tout cas selon leurs données officielles.

L’Allemagne vend régulièrement de l’or depuis le début des années 2000.

Réserves d'or de l'Allemagne

Réserves d’or de l’Allemagne. Source : Trading Economics

La France, la Suisse et les États-Unis ont des réserves inchangées depuis la fin des années 2000.

Réserve d'or des États-Unis

Réserve d’or des États-Unis. Source :Trading Economics

Quant au Canada, il n’a plus aucune réserve depuis 2016.

Réserves d'or du Canada

Réserves d’or du Canada. Source : Trading Economics

On remarque ici que les pays très alignés avec les États-Unis abandonnent ou ne développent pas leur réserve en or, comme s’ils étaient des états américains, alors que les autres pays ont plutôt tendance à faire des réserves.

Cela peut aussi s’expliquer par le niveau de financiarisation de l’économie. La Turquie n’est pas une grande place financière, alors que la France et l’Allemagne, le sont. C’est une forme de garantie pour les créanciers.

On observe donc une tendance des économies émergentes et en développement à augmenter leurs réserves d’or et une tendance des économies développées à les réduire.

Évolution des réserves d'or des pays en fonction de leur économie

Évolution des réserves d’or des pays en fonction de leur économie. Source : Atlantic Council

Comme je vous le disais avant, l’alignement avec les États-Unis entre aussi en ligne de compte. Les pays ayant des relations conflictuelles avec les États-Unis ont moins confiance envers le système financier adossé au dollar. Il n’est donc pas surprenant que les achats d’or augmentent avec la distance géopolitique.

Évolution des réserves d'or des banques centrales en fonction de leur alignement avec les États-Unis

Évolution des réserves d’or des banques centrales en fonction de leur alignement avec les États-Unis. Source : Atlantic Council

En regroupant les pays selon leur degré d’alignement avec les États-Unis, on constate que tous les pays, sauf les plus alignés, ont augmenté leurs réserves d’or depuis 2008.

Pourquoi acheter de l’or en 2023 ?

L’or reste un actif particulier. Il faut le voir comme une garantie anti apocalypse car l’or ne produit rien.

Selon votre moment d’achat, vous avez gagné ou perdu. C’est le truc le plus perturbant avec l’or.  Aucun analyste n’a la réponse à la question : “pourquoi l’or ne vaut-il pas plus étant donné tout ce qui se passe au niveau économique ?”

Il existe plusieurs moyen alternatifs de vous assurer en achetant des actifs. Vous avez les actions de sociétés minières comme Rio Tinto, Newmont ou Barrick Gold (faites vos recherches, ce ne sont que des exemples, pas des recommandations). Il y a aussi d’autres métaux comme l’argent.

Les 3 bonnes raisons d’acheter de l’or

Alors une fois que l’on a vu tout ce qu’il s’est passé au niveau des nations, on peut se demander ce qui se serait passé au niveau individuel. Comme on le disait au début, la valeur d’une maison en or n’a pas changé.

L’histoire semble donc démontrer son extraordinaire capacité à garder la valeur. Même si le cours de l’or ne semble pas refléter cela dans les récentes années, je sais que les pays finissent par faire faillite, que les devises sont dévaluées et que l’or reste donc une valeur refuge.

Parce que même si c’est un actif non productif (contrairement à l’immobilier par exemple), c’est un moyen efficace de préserver votre richesse pour ensuite faire les soldes sur les autres actifs.

L’or a l’avantage de ne pas être contrôlé par une entité en particulier. Dans 20 ans, vos enfants vous remercieront du petit lingot que vous leur aviez offert tandis que le billet de 500 € ne vaudra plus grand-chose…

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