TEDx Paris 2011 : Résumé

Michael Ferrari Esprit riche 6 Commentaires

Après la première édition française des fameuses conférences TED, voici le cru 2011 !

J’ai eu la chance d’être invité à cette nouvelle édition dans la partie « simulcast ». Le simulcast est en fait une pièce où les conférences sont diffusées sur un écran. Alors évidemment pour la sensation de vivre l’événement on repassera. L’ambiance n’était pas la même que dans la salle mais heureusement le contenu lui, l’était !

Cette année, le programme s’intitulait « Futurs singuliers » et avait pour objectif de libérer l’étincelle de notre futur !

16 intervenants étaient présents pour concrétiser la chose. Du côté des hôtes nous avions l’excellent VinVin pour la « pré-introduction », David Abiker pour l’animation et Nicolas Bedos pour la conclusion.

Les intervenants ont abordé de très nombreux sujets a commencer par l’origine de l’univers. Etienne Klein nous rappelle que les physiciens ne savent pas vraiment d’où vient l’origine de l’univers et que la question est peut être prématurée. Elle suppose qu’il y aurait un point 0, un point de départ, mais prouver que ce point existe est impossible puisque les conditions qu’il faut réunir sont impossibles. Le physicien fait de son mieux pour manipuler les concepts et tester les hypothèses mais beaucoup reste à faire. L’idée même de big bang est donc discutable, celle de la création par un être supérieur aussi (faut surtout raconter ça aux Américains créationnistes…).

Ensuite, c’est au tour de Bernard Werber, l’auteur qui adore les fourmis, de nous aider à anticiper le futur. Sa solution, c’est un site web où chacun peut poser une question prospective et où tout le monde peut essayer d’y répondre. Essayer d’anticiper est une qualité humaine qu’il faut mettre à profit. Son site contient 8000 scénarios.

Puis ce fut au tour de Jean-François Noubel de nous proposer d’échanger sans argent. Pour cela, il nous demande de faire l’expérience de respirer au travers d’une paille (objet à notre disposition dans le sac d’accueil) pour nous faire réaliser à quel point l’argent est une limite. C’est la notion d’intelligence collective qui émerge. Il décrit comment l’argent va à l’argent -il est plus facile d’augmenter son patrimoine lorsqu’on déjà de l’argent- ce qu’il appelle la condensation de la monnaie. C’est un jeu à mort collective car si l’un à tout l’argent et les autres rien alors l’argent ne sert plus. Il propose donc des monnaies complémentaires qui seraient citoyennes et non plus dirigées par l’état. Ces monnaies permettent l’échange et rendant de la dignité aux gens car chacun peut contribuer à sa manière. Si l’idée est séduisante, elle est forcément utopiste à ce stade. Pour moi, ce système existe déjà. L’entraide, le troc, l’échange de services sont déjà présents et complètent l’argent depuis fort longtemps et j’ai du mal à saisir ce qu’il cherche à apporter de plus. Évidemment, le pragmatique en chacun de nous ne pourra s’empêcher de se demander comment l’on va payer son loyer avec cet argent alternatif !

Jean-louis Servan-Schreiber intervient ensuite sur les 4 paradoxes de la vitesse. Selon lui, nous ne faisons plus de progrès de vitesse :l’ère de la vitesse est fini et aura duré 175 ans. Celle qui était perçue comme positive est désormais décriée : il faut rouler moins vite pour polluer moins et éviter les accidents. Mais en marge de cela, l’accélération elle, continue d’augmenter. Tout va plus vite à tel point que l’on peut être immobile mais recevoir beaucoup d’informations. Sa recommandation : combattre l’accélération et ne pas vivre pied au plancher car cela nous rend malade (stress) et empêche de prendre le temps de réfléchir. Il faut apprendre à rythmer sa vie et à nous préserver (ceux qui ont twitté 25 messages durant son intervention savent de quoi il parle !).

Patrick Chappatte est un dessinateur un peu particulier : il utilise le dessin pour faire des reportages de presse. Il nous présente quelques réalisations sur de véritables comptes rendus terrain réalisés en dessin : le résultat est assez saisissant. On perd le côté sensationnaliste des images classiques et l’on peut prendre le temps de voir une scène avec tous ses détails. Après l’avoir pratiqué dans la presse écrite, il le fait également à la télévision. A suivre !

Puis ce fut au tour de Rafi Haladjian, l’inventeur du Nabaztag ce lapin parfaitement inutile mais communicant l’arrivée de vos emails. Son credo, c’est l’innovation radicale, celle qui introduit des produits que les consommateurs n’attendent pas et qui changent les usages. Il explique comment les appareils sont au début collectif (l’horloge du village), puis deviennent personnels (la montre) pour terminer par être une fonction intégrée (tous les appareils donnent l’heure).

Jacky Dupéty est venu nous parler des dérives de l’agriculture mais nous propose une solution simple, pragmatique et déjà utilisée : recréer un sol forestier dans nos cultures. Après avoir subit durement la sécheresse de 2003, il cherche des solutions. Ces sols possèdent une caractéristique importante : ils ne nécessitent pas d’entretien. Il peut ainsi cultiver ses légumes sans arrosage ni entretien. Sa solution, c’est le BRF (bois raméaux fragmentés) qui est très séduisante pour les petits citadins que nous sommes. L’avantage des BRF, c’est que les rameaux contiennent de nombreux nutriments qui viendront nourrir le sols et ses plantes. Une véritable découverte. Nous avons même eu la chance d’en récupérer un peu !

Je retiens également l’intervention de Nicole Turbe-Suetens sur le télétravail. Elle met en évidence que pour quelqu’un faisaint un trajet quotidien de 45 minutes 2 fois par jour, cela représente 2,5 mois sur une année. C’est considérable ! Elle exhorte les entreprises de mettre en place du télétravail à temps partiel pour soulager les salariés (la France est championne avec 17,8 jours d’arrêt par an et par salarié) et l’environnement.

Pour nous avons pris 4 interventions fortes en pleine tête. Pierre Rabhi est venu nous raconter son parcours depuis l’oasis où il est né avec son père forgeron qui sera un jour obligé d’aller travailler à la mine et passer d’une condition d’homme libre à celle de salarié. Pierre, lui, vient à Paris. Il travaille et devient ouvrier spécialisé ceux « qui n’ont personne à vexer » – F. Raynaud. J’ai été impressionné par son parcours fait de choix et de la recherche de liberté. Il monte ainsi une ferme en Ardèche où il vivra selon le principe de sobriété heureuse pendant 13 ans sans électricité. La joie est dans l’équilibre. C’était un vrai appel aux armes : vivez votre vie, libérez-vous du superflu qui n’a pas de limites. Vous avez des acquis, au service de quoi les mettez-vous ?

La passion d’Etienne Parizot était frappante. Ce spécialiste de l’astrophysique des hautes énergies cherche aussi à vivre la 4ème dimension, celle du temps et à trouver comment l’intégrer à nos vies.

Eric Brun-Sanglard était tout aussi motivant. A 33 ans, il est frappé par un virus qui lui fait perdre la vue. Il apprend alors à redécouvrir ses sens et pousse même la chose jusqu’à devenir architecte d’intérieur et designer. Il devient connu pour rénover les maisons et en faire des lieux agréables et à taille humaine.

J’ai trouvé aussi très touchante l’intervention de Françine Leca, la première chirurgienne cardiaque en France qui a monté une association pour opérer les enfants n’en ayant pas les moyens. Au final elle a sauvé la vie à 1600 enfants !

Les intervenants étaient de tous horizons et les prestations de tous les niveaux, mes préférées sont résumées ici. Les intermèdes musicaux étaient très intéressants et l’organisation réussie (un beau challenge en tous cas!). Regardez les vidéos, vous comprendrez.

Quelques critiques se sont aussi exprimées sur le paradoxe entre la volonté de diffuser des idées pour changer le monde et le fait d’utiliser des moyens bien de ce monde (sponsors, préparation millimétrée..) ou de demander un tarif de 90 € par participants. On peut aussi trouver étrange le paradoxe qui existe entre des intervenants prônant la décroissance et la simplicité volontaire et d’autres cherchant à inventer de nouvelles choses dont on peut douter de leur utilité. Même si ces critiques sont vraies, pour combattre quelque chose mieux vaut utiliser les mêmes armes. Les critiques masqueraient presque les rencontres et les découvertes que l’on peut faire à TEDx. L’intérêt de l’événement lui-même réside donc dans les rencontres en réel que l’on peut faire puisque l’ensemble des vidéos sont intégralement diffusées sur le web. Ici encore ce seront donc ceux qui ont les moyens (ou qui se les donnent) ou les relations qui auront accès à ce réseau mais après tout, n’est-ce pas ainsi que le monde fonctionne ? Le monde est une histoire de relations, d’amitiés et de connexions et TEDx permet de relier ceux qui cherchent à l’améliorer.

J’en retire quelques bonnes idées et l’impression que le monde est mieux que je ne l’imaginais. N’est-ce pas cela l’esprit TED ?

Commentaires 6

  1. Excellent billet Michael ! Merci beaucoup pour ce super travail, j’aurais beaucoup aimé y assister aussi ! J’espère pour la prochaine fois 🙂

  2. Intéressant,
    juste un point:
    45 minutes 2 fois par jour, cela représente 2,5 mois sur une année:
    45*2*20 (jours ouvrés par mois)*12(mois)=21600 minutes=15 jours…
    Pour être plus précis:
    45*2*218 (nombre de jours travaillés par an)=19620 minutes=13.625 jours.
    ça reste considérable mais je ne vois pas comment on arrive à 2.5 mois…

    1. Post
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  3. De rien 😉
    n’empêche qu’on ne peut que rejoindre les arguments avancés pour favoriser le télétravail, ne serait-ce que d’un point de vue écologique. Je suis d’ailleurs assez étonné qu’on n’en parle pas(plus) lors de nos supers grenelles et tout.

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