Les lois de la productivité

Michael Ferrari Développement personnel, Devenez plus efficace, Management et leadership 6 Commentaires

messico, relax e... cocco, finalmente!
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« More is less »

« Trop de travail tue le travail »

Ce ne sont pas que des expressions. Travailler beaucoup pourrait vous rendre fou et pire, vous rendre moins efficace.

Travailleur à la chaine et travailleur du savoir

Pour mesurer et organiser la productivité, il existe toutes sortes de techniques et de méthodes. Lorsque la majorité du travail était du travail industriel « blue collar » et du travail à la chaine, plusieurs théories productivistes se sont succédées.

Les théories du taylorisme et du fordisme et de l’Organisation Scientifiques du Travail sont bien connues. Ces méthodes ont permis d’améliorer considérablement le niveau de production d’une chaine, avec l’inconvénient d’aliéner les ouvriers à cause du manque d’initiative laissé, ainsi que sa fiabilité.

Le travail à la chaine (Voir histoire du salariat) était caractérisé par le fait que l’on peut très facilement mesurer la production et que celle-ci nécessite peu de réflexion car le système de production est pensé pour être optimal. Il est pensé pour laisser le moins de place possible à l’Homme.

Depuis, de grands changements ont eu lieu dans le travail, notamment le fait que de nombreux postes ne sont plus sur des chaines de production mais mettent plutôt à contribution l’esprit des gens.

L’avènement des emplois « qualifiés » fait que la mesure de la production est difficile. Pour vous en convaincre, regardez comment sont structurés les salaires et vous verrez que souvent les primes sont basées sur des critères farfelus et très souvent non maitrisable par la personne.

L’organisation du travail n’a pas vraiment changée. Il est toujours attendu (excepté chez Semco et quelques autres) d’un travailleur du savoir qu’il s’assoit derrière son ordinateur et qu’il produise ce pourquoi il est là pendant 8 à 10 heures.

Qu’est-ce que la productivité ?

Lorqu’on parle de productivité, il y a un biais de raisonnement couramment commis. Nous pensons que la productivité est mesurée par le nombre ou le taux d’éléments produits. Ce n’est qu’une mesure partielle. Un autre élément très important à prendre en compte pour avoir une vision un peu plus complète est : le nombre ou le taux d’éléments détruits ou à corriger.

Typiquement, un développeur peut écrire plusieurs fonctionnalités rapidement mais l’ont va se rendre compte plus tard qu’elles ne sont pas « propres » et qu’il va falloir adapter d’autres éléments autour pour les faire fonctionner.

C’est aussi le commercial qui veut absolument signer une affaire et qui va négliger tout le reste pour finalement perdre un ancien client. Pour l’entreprise, c’est souvent un « bon » commercial car il décroche de nouveaux contrats. (c’est encore très fréquemment comme ça!).

C’est encore le petit chef qui va presser son équipe jusqu’au bout pour terminer un projet dans le temps qu’on lui a donné pour voir 25 % de l’équipe démissionner après le projet à cause des conditions de travail.

C’est très banal mais cela permet de mieux mesurer le véritable résultat, comme dans un budget : entrée – sortie = solde.

L’entreprise est un système et la règle n°1 de la productivité devrait être : ne pas causer de dommages.

Les lois de la productivité

Tout travailleur du savoir sait que son niveau de productivité n’est pas régulier. Une personne peut ne rien produire du tout pendant une matinée et en faire le double dans l’après midi. C’est simplement la manière dont fonctionne les choses. Il n’y a rien de mal ou de bien. Certains pensent être des robots mais nous sommes que des (pauvres) êtres humains soumis à des cycles.

Il y a aussi une loi que nous avons tendance à oublier : la capacité de travail est un état d’esprit.

Si je n’ai pas le moral, ma production va être faible et en plus de faible qualité. Si je suis très motivé, je peux accomplir 2 journées de travail en 1. Tout ceci est très variable.

Lorsque j’ai eu une discussion motivante avec un ami, je vais soulever des montagnes pendant 3 jours puis au détour d’une conversation quelqu’un va remettre en doute des choses et cela va affecter ma productivité. Je suis peut être trop influencé par mon environnement mais c’est pourtant ce qui se passe. Dans tous les cas, je ne pense pas que cela laisse indifférent et je pense plutôt que je suis un baromètre sur ce sujet 🙂 (ce que je recommandais récemment, c’est d’éviter toutes sources de stress)

Je peux écrire 2 articles dans une matinée lorsque tout va bien comme je peux passer une journée pour écrire un article très moyen.

Lorsque j’étais développeur, je me souviens très bien de ce phénomène. Il s’exprime très bien dans ce genre de domaine car il est un peu plus facile de mesurer la productivité au nombre de fichiers, de lignes de code ou mieux de fonctionnalités réalisées.

Il m’arrivait de bloquer sur un problème pendant une journée entière et de penser à la solution lorsque j’étais rentré chez moi ou dès la première minute en arrivant le lendemain. C’est réellement ce qui s’est produit plusieurs fois.

Alors qu’est-ce qui cause ces effets ?

Trop d’heures de travail

Le fait de travailler trop est une source importante de baisse de productivité.

D’après un article paru sur le site de BBC, le résultat d’une étude dit que les gens qui travaillent plus de 55 heures par semaine ont de plus faible capacité mentales et plus de chances de perdre la raison notamment à cause du manque de sommeil induit et de la culture du « présentéisme » exacerbée en période de crise.

Le travail n’est-il pas la santé ?

Je crois aux vertus de l’exercice et de la concentration. Appelez ça travail si vous le subissez mais je pense que cela aide à s’accomplir. Cependant, comme toutes les choses dans la nature, l’excès n’est pas bon. Travailler trop n’y fait pas exception.

Même sur le travail à la chaine supposé moins être soumis à l’influence de l’état d’esprit de l’ouvrier, ce phénomène à été pris en compte pour diminuer les accidents du travail.

Dans le monde des travailleurs du savoir, l’effet est pernicieux.

Les effets ne sont pas immédiatement visibles. Parfois il ne le sont jamais. On retombe sur le premier problème : celui de la mesure de la productivité.

Quoi qu’il en soit, appliquer des règles très productivistes à des travailleurs du savoir est comme essayer de faire sortir de l’eau d’une pierre en la pressant.

Et les effets peuvent être importants. La démotivation induite par une pression trop importante peut ruiner la productivité d’une équipe. Travailler 40 à 50 heures par semaine semble être une bonne moyenne qui garantie une productivité stable et constante.

En cas de coup dur, travailler 60 heures pendant un mois n’est pas un problème mais ce n’est pas durable. Très rapidement l’effet contraire sera produit.

Tout temps de travail au delà de 50 heures par semaine résultera par une période de récupération et va largement affecter la créativité des personnes. C’est un phénomène mesuré depuis de nombreuses années, notamment dans le monde de l’informatique.

Equilibre

L’équilibre est essentiel pour maintenir une capacité de travail correcte sur le long terme. C’est comme l’histoire de la poule aux oeufs d’or : vous devez choisir entre un oeuf par semaine ou avoir tout de suite 10 oeufs mais vous n’en n’aurez plus ensuite.

Les gens aiment penser qu’ils ont des capacités supérieures à la moyenne : « je peux travailler plus, je peux faire plusieurs choses à la fois ». La réalité démontre que cela n’est pas vrai. Une personne peut accomplir plus que les autres à l’instant t mais devra réduire la voilure en dessous de sa capacité moyenne plus tard pour récupérer.

C’est toute la différence encore une fois entre la capacité de production imaginée et la capacité réelle : si vous pensez être plus productif mesurez réellement ce que vous faites et ce que vous détruisez sur le long terme.

Pourquoi pensez-vous que Google ne rempli que 80% des emplois du temps de ses salariés ?

Parce que quelqu’un booké à 100% n’a aucun recul. Aucun recul sur ce qu’il fait, aucun recul sur l’avenir, sur sa manière de travailler…

Le mot de la fin

Les lois de la productivité découlent des lois de la nature. Certaines sont contre-intuitives mais c’est un sujet que j’ai longuement creusé et c’est ma meilleure conclusion actuelle.

Alors si vous organisez le travail des autres ou votre propre travail souvenez-vous que :

Maximiser la capacité de travail

  • Prévoir de la souplesse dans le planning est un bon moyen d’adapter la capacité de travail (prévoir 80%)
  • Eviter les sources de stress
  • Objectifs oui, sur-pression non
  • Favoriser l’organisation en petite équipe soudée

Préserver la capacité de travail

  • Travailler plus de 50 heures par semaine se paye au bout de quelques mois
  • Dormir peu augmente les chances de dépression et de démence tout en réduisant la créativité
  • L’organisation en 4 jours de 10 heures semble particulièrement efficace

Mesurer la capacité de travail

  • Mesurez le résultat produit en regardant ce qui a été créé et ce qui a été détruit
  • Aligner les récompenses sur ce résultat

Commentaires 6

  1. Superbe article sur la productivité.

    Agriculture -> outil -> mécanisation -> définition des tâches -> performances -> productivité -> rentabilité.

    Merci la sédentarisation … 🙂

  2. « L’organisation en 4 jours de 10 heures semble particulièrement efficace »

    Où peut-on en savoir plus sur ce sujet?

  3. 4 jours de 10 heures ?
    Tout dépend l’emploi. Et encore, même pas.
    10 heures à répondre au téléphone ? Délire !!!!
    10 heures à faire le même geste ? TMS garantis !!!
    Si on s’épuise pendant 4 jours et qu’il faut à minima 1 jour entier pour récupérer et profiter d’un we , y a-t-il un réel intérêt ?
    Pour les cadres peut etre vu qu’ils n’ont pas d’heures définies, 4 jours c’est mieux que 5.

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      Cette organisation est bien évidemment adaptée aux postes intellectuels sans gestes répétitifs.
      La récupération doit alors être exercée pour être efficace et profiter des 3 jours.

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      Les tests menés sur l’efficacité au travail ont montré que les personnes étaient plus efficaces en ayant un rythme de 4 jours par semaine au lieu de 5.
      L’une des raisons évoquées est le fait que cela permet de bien décompresser entre chaque semaine.

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