Esprit riche a lu : Le bonheur paradoxal

Michael Ferrari Résumé de livre 2 Commentaires

Essai sur la société d’hyperconsommation

L’auteur du livre, Gilles Lipovestsky,décrit la relation de l’homme à la consommation depuis le siècle dernier. Il présente les différentes évolutions de la consommation et le lien avec les modèles économiques.

Au lieu d’être un livre « à charge » contre la consommation, Le bonheur paradoxal fourni des clés pour comprendre l’évolution de notre rapport à la consommation mêlant des considérations économiques, sociologiques et philosophiques : tout ce que j’aime !

J’ai bien aimé ce livre pour son éclairage précis. En arrivant aux alentours de la 100ème page, je me suis malgré tout demandé comment l’auteur aller faire pour tenir encore 230 pages sur le sujet.

Le livre fait des allers-retours entre les différentes phases de la consommation en choisissant à chaque fois un angle différent.

Le mot caractérisant ce livre est Déréliction : État de l’homme qui se sent abandonné, laissé à lui-même, sans secours divin.

L’homme étant livré à lui même, les repères traditionnels (Religion, Etat) étant tombés, la consommation est devenue un moyen de s’identifier. LE moyen de s’identifier.

Pour l’auteur, 3 grandes phases de la consommation existent :

  • 1880 – 1945 : Mise en place du capitalisme de consommationCréation des marques, explosion du nombre de marques déposées, création des centres commerciaux, organisation scientifique du travail (fordisme), éducation des consommateurs.Passage d’une logique de vente de peu d’articles avec une bonne marge à une logique de vente en masse avec peu de marges.Marketing de masse où les clients ne sont pas différenciés.
  • 1950 -1980 : Consommation de masseExplosion du pouvoir d’achat des ménages modestes et démocratisation des biens jusque-là réservés aux plus riches : télévision, machines à laver, voiture.La production est automatisée et la distribution de masse apparaît. Conséquence directe de ce changement, la baisse des prix.Mise en place de politique de diversification des produits et de la mode, les produits de consommation deviennent éphémères.Cette période est la première à connaître « l’obsolescence programmée » des objets.

    La consommation est un moyen d’affirmation de sa classe sociale : j’achète ce qu’achètent les gens de mon niveau social.

    Les publicités vantent les mérites fonctionnels des objets.

  • 1980-2008 : Consommation émotionnellePlus on consomme, plus on veut consommer.La logique de standing est dépassée et l’on entre dans une phase de consommation pour soi. L’expérience du client compte avant tout. La société devient hypermédicalisée et les médicaments deviennent un bien de consommation comme un autre.La consommation est avant tout identitaire : en composant d’objets plus courant les uns que les autres ma maison, j’arrive à obtenir un chez moi à mon image. C’est la combinaison de ces objets qui exprime ma personnalité. Les marques sont un moyen d’identification fort. Elles regroupent des personnes partageant la même image.Cette période est dominée par l’individualisme et la recherche du bien-être permanent. Elle reconnaît l’immédiat et la personne comme des éléments primordiaux.

    C’est l’époque de la mondialisation. L’économie évolue en profitant des réductions de coûts.

    La publicité joue sur le côté émotionnel des objets pour déclencher l’achat.

Le monde actuel a vu une inflation des nouveautés et des rythmes de sorties.

En 1966, 7000 nouvelles références apparaissaient dans les supermarchés, aujourd’hui ce chiffre monte à 16000 dont 95% d’échecs. Ce mouvement est général : automobile, parfumerie, habillement, musiques, livres, films…

Zara lance de nouveaux vêtements tous les 15 jours et atteint une production de 12 000 nouveaux design par an.

En 1980, 25 000 livres ont été publiés, ils étaient 60 000 en 2004.

Tout s’accélère et tout devient plus rapidement obsolète.

La consommation devient permanente, tous les lieux sont aménagés pour cela, tous les pans de la vie se prêtent au jeu de la consommation.

Dans la phase III, la consommation ne rencontre plus de résistance culturelle ou d’opposition idéologique. Toute la société est réorganisée autour de ce principe. L’écologie et le commerce équitable ne s’opposent plus à la consommation mais essaient de « faire avec ».

Plus personne ne peut sérieusement envisager de ne plus consommer. Les adeptes de la décroissance restent peu nombreux et l’auteur parie sur le fait qu’il n’arriveront pas à convaincre tant la consommation est devenue essentielle.

Le sacre de Narcisse

Les valeurs cultes sont désormais l’hédonisme, le temps pour soi et le confort mais l’insouciance de l’instant disparaît peu à peu.

Avant existaient les orgies alimentaires et les repas mêlants excès de nourritures et de boissons, aujourd’hui existe les repas équilibrés devant procurer du bien-être.

C’est individualisme de précaution.

Les fêtes regroupent de plus en plus de personnes de manière communautaire (JMJ, football, techno) mais tolèrent de moins en moins les excès : les fêtes sont « sympas ».

Le travail n’est plus le centre d’intérêt principal pour beaucoup de gens. En réalité, il est plus apprécié par les qualités « extrinsèques » qu’il apporte : sécurité, relations sociales, salaire, avantages sociaux…

La phase actuelle est caractérisée par les paradoxes : celui de la performance et en même temps du principe de précaution, celui de l’explosion de l’obésité et de la recherche du mieux-être.

Le culte de la performance

La performance est devenue un standard : dans la vie personnelle, dans le couple, au travail, à la télévision.

L’individu se dope. La solution aux difficultés sociales, à la vieillesse et à la libido se trouve dans les médicaments. Les frontières entre santé et alimentation, médecines et dopages se brouillent.

L’envie dans la population recule. À partir du moment où l’immense majorité des gens ont accès à un minimum de confort, l’envie se fait moins ressentir. Ce qui nous ennuie le plus n’est pas ce que possèdent les autres, mais ce que l’on possède.

La contrepartie de la baisse de l’envie, c’est l’augmentation de l’indifférence.

L’échec du modernisme

La question fondamentale du livre est le bonheur. L’auteur fait le constat que le bonheur ne progresse plus. Le progrès n’est plus synonyme de bonheur. Le progrès fait également peur. Le bonheur est désormais catégorisé entre matériel et spirituel.

Le bonheur spirituel nous demande de changer au lieu d’essayer de changer le monde, de s’inventer un nouvel art de vivre.

La pensée magique fait son grand retour expliquant que le bonheur est entre nos mains et qu’il nous convient de l’attraper. Tout ce qui nous arrive est le fruit de nos croyances intérieures.

Tout n’est pas noir, tout n’est pas blanc

La société de consommation n’a pas que des côtés négatifs. Elle a même plutôt plus de côtés positifs que négatifs. N’en déplaise à nos élites qui s’émeuvent du fait que soient jetés en pâture certains pans de la culture, cela n’est pas un phénomène à sens unique.

La société de consommation développe les solidarités : commerce équitable, associations locales : les principes moraux ne sont pas morts. Avec le recul du poids de la politique, l’éthique se trouve renforcée. Elle devient un indicateur.

Mais où va-t-on ?

Si beaucoup de pessimistes ne voient que les côtés négatifs de la consommation, s’il est communément admis qu’un palier a été atteint dans l’abrutissement de la population, le mouvement n’en demeure pas moins temporaire.

On observe de plus en plus de parents reprenant en main la télévision pour ne pas y exposer leurs enfants. Ce n’est que le signe qu’un pic a probablement été atteint.

Conclusion

J’ai bien aimé ce livre. Il décrit avec une précision saisissante notre société de consommateurs. La progression tout au long de la lecture est intéressante et les thèses abordées sont complètes.

Je vous en recommande la lecture.

Un extrait vidéo d’une émission sur LCP qui parlait du livre est disponible :


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